Au Sénégal, le jeune passe près de treize années sur les bancs de l’enseignement général avant d’atteindre le baccalauréat. Pourtant, c’est souvent seulement à 18 ans, diplôme en poche, qu’on lui demande de choisir un domaine de compétence et de commencer véritablement à se former à un métier. Autrement dit, pendant une grande partie de sa scolarité, l’élève apprend pour réussir des examens, mais pas suffisamment pour devenir opérationnel. Le système éducatif retarde ainsi l’entrée du jeune dans la vie professionnelle, alors même que le monde du travail exige de plus en plus tôt des compétences concrètes, techniques et immédiatement mobilisables.
À cela s’ajoute le décalage entre certaines formations proposées dans les universités publiques et les réalités du marché de l’emploi. Certaines filières restent essentiellement théoriques et semblent parfois éloignées des besoins contemporains. Les Lettres modernes ou certaines formations linguistiques, par exemple, mériteraient d’être repensées dans leurs contenus et leurs débouchés, à l’heure où les technologies ont profondément transformé l’apprentissage des langues. Plus révélateur encore, l’étudiant en droit peut obtenir un diplôme universitaire sans être directement qualifié pour exercer la plupart des métiers juridiques auxquels sa formation le destine. Pour devenir magistrat, avocat, greffier ou exercer d’autres professions spécialisées, il doit encore passer par des concours et des formations supplémentaires. Le diplôme sanctionne donc des années d’études sans garantir, à lui seul, une véritable capacité professionnelle.
Il est temps de passer d’une éducation qui prépare principalement aux diplômes à une éducation qui prépare à la vie. Une partie du cursus général pourrait être progressivement consacrée à l’initiation professionnelle et à la découverte des métiers, afin que l’élève arrive au baccalauréat avec les premières bases d’une spécialisation. Cette anticipation permettrait de réduire considérablement les longues années d’études post-bac et de rapprocher plus rapidement les jeunes du monde professionnel. Dans le supérieur, les filières doivent également être régulièrement évaluées à l’aune des besoins du Sénégal : certaines doivent être modernisées, d’autres créées, et celles qui ne répondent plus aux réalités du pays profondément repensées. . Car un système éducatif performant ne devrait pas seulement produire des diplômés : il doit produire des jeunes capables d’agir, de travailler et de servir leur pays.
Cheikhouna Bamba Lo
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