À l’approche du sommet Russie–Afrique à Moscou, le Sénégal pourrait explorer de nouveaux partenariats. Leur intérêt dépendra toutefois des financements, des garanties et des retombées économiques concrètes.
Le Sénégal pourrait profiter du troisième sommet Russie–Afrique, prévu les 28 et 29 octobre à Moscou, pour explorer de nouvelles perspectives de coopération. Investissements, énergie, industrie et sécurité alimentaire figurent parmi les secteurs mis en avant.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a invité le président Bassirou Diomaye Faye le 24 septembre. Toutefois, sa participation n’a pas encore été publiquement confirmée dans les informations disponibles.
Au-delà des ambitions diplomatiques, une question demeure : les partenaires russes pourront-ils mobiliser les financements nécessaires pour concrétiser leurs engagements dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine ?
Des partenariats à mesurer aux résultats
Pour Dakar, la diversification des partenaires économiques doit répondre à des objectifs précis : développer la production nationale, transformer davantage les ressources sur place et renforcer les compétences locales.
Dans cette perspective, les annonces du sommet devront être examinées avec prudence. Une déclaration politique, un protocole d’intention, un contrat financé et un investissement effectivement réalisé ne représentent pas le même niveau d’engagement.
Le nombre d’accords signés ne suffira donc pas à mesurer les retombées de cette coopération. Les montants mobilisés, les délais d’exécution, les emplois créés et la valeur ajoutée conservée au Sénégal seront tout aussi déterminants.
Le pays dispose déjà d’exemples de projets structurants. L’usine de traitement d’eau potable de Keur Momar Sarr 3, soutenue notamment par la Banque européenne d’investissement et la Banque africaine de développement, a contribué à améliorer l’approvisionnement en eau de Dakar. Ce type de réalisation rappelle l’importance des résultats concrets et de la pérennité des investissements.
Les contraintes budgétaires russes en question
La capacité de financement de la Russie constitue un autre point d’attention. Selon des documents budgétaires rapportés par Reuters, Moscou prévoit environ 203 milliards de dollars de dépenses de défense en 2027, un montant supérieur de 27 % à la programmation antérieure pour cette même année.
Dans une analyse publiée le 2 octobre, l’économiste Alexandra Prokopenko estime que la défense représentera environ 35 % des dépenses fédérales prévues pour 2027. Cette proportion atteindrait 44 % en incluant la sécurité intérieure et les forces de l’ordre.
Les dépenses civiles sont également concernées par les arbitrages budgétaires. La rubrique consacrée à l’économie nationale, qui comprend notamment les infrastructures et les soutiens à certains secteurs, devrait diminuer de 7,4 % en 2027. Les crédits prévus pour l’éducation et la santé sont aussi revus à la baisse par rapport au plan initial.
Ces données ne signifient pas que la Russie est incapable de financer des projets en Afrique. Les capacités de l’État, des banques et des entreprises privées diffèrent. Elles invitent cependant Dakar à examiner précisément l’origine des fonds et les garanties proposées.
Pour chaque projet, plusieurs questions devront être posées : qui finance, selon quel calendrier, avec quelles garanties et à quelles conditions ? Un crédit lié à l’achat d’équipements russes ne produit pas nécessairement les mêmes effets qu’un investissement favorisant les entreprises et les fournisseurs sénégalais.
Les risques liés aux livraisons et aux paiements
Les expériences rencontrées par d’autres partenaires de Moscou soulignent également l’importance des conditions d’exécution. Des perturbations logistiques et des restrictions financières peuvent compromettre la livraison d’équipements ou compliquer le remboursement de prêts.
Les difficultés signalées dans les échanges commerciaux avec l’Inde et dans le financement de la centrale nucléaire de Rooppur, au Bangladesh, illustrent les risques associés aux infrastructures, aux circuits de paiement et aux sanctions visant certaines institutions russes.
Pour le Sénégal, l’évaluation préalable des fournisseurs, des modalités de paiement et des garanties contractuelles sera donc essentielle avant tout engagement.
Une coopération encore limitée dans les investissements
La place actuelle de la Russie dans l’économie sénégalaise constitue un autre élément à prendre en compte. En juillet 2024, le ministère sénégalais de l’Industrie et du Commerce indiquait que la Russie représentait moins de 1 % des investissements directs étrangers dans le pays.
Les échanges économiques entre la Russie et l’Afrique restent par ailleurs concentrés dans quelques pays, notamment l’Égypte, l’Algérie, le Maroc et l’Afrique du Sud.
Le sommet de Moscou pourrait ainsi ouvrir de nouvelles possibilités, mais leur concrétisation dépendra des projets proposés et des moyens réellement mobilisés.
Dakar appelé à privilégier les retombées concrètes
Les discours sur la souveraineté, la multipolarité et la coopération avec les pays du Sud peuvent nourrir le dialogue entre Dakar et Moscou. Ils ne garantissent toutefois pas, à eux seuls, des bénéfices économiques.
Pour le Sénégal, l’enjeu sera de négocier des partenariats permettant de créer des emplois durables, de transférer des compétences, de renforcer les capacités nationales et de conserver davantage de valeur ajoutée sur son territoire.
La diversification des partenaires ne consiste pas seulement à multiplier les interlocuteurs. Elle suppose également de comparer les offres, de sécuriser les financements et de refuser les engagements dont les retombées seraient insuffisantes au regard des obligations demandées.



