Au Sénégal, vivre dignement coûte de plus en plus cher. Les prix des denrées de première nécessité grimpent, les loyers deviennent hors de portée pour de nombreux ménages, les tarifs du transport augmentent et, comme si cela ne suffisait pas, la hausse du carburant vient une nouvelle fois alourdir la facture du quotidien. Pour beaucoup de citoyens, chaque fin de mois ressemble désormais à une course d’obstacles où les revenus, eux, restent désespérément à la traîne.
Cette situation ne produit pas seulement des difficultés financières. Elle installe une véritable psychose sociale. Les familles réduisent leurs dépenses, renoncent à certaines commodités, reportent des soins, limitent leurs déplacements et sacrifient parfois des besoins essentiels. L’épanouissement devient secondaire : lorsque l’essentiel du salaire sert à se nourrir, se loger et se déplacer, il ne reste presque plus rien pour vivre pleinement. Plus inquiétant encore, cette pression économique peut pousser certains citoyens vers des pratiques illégales ou dangereuses pour tenter de combler l’insuffisance de leurs revenus.
Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Notre forte dépendance aux importations alimentaires fragilise considérablement notre économie. À cela s’ajoutent les insuffisances dans le contrôle et la régulation des prix, des loyers et du transport. Comment accepter que le logement, un besoin fondamental, devienne inaccessible à une partie de la population ? Comment expliquer que se déplacer pour travailler ou étudier représente chaque jour une charge aussi lourde ?
La question est également celle de la gestion de nos ressources. Un pays qui dispose de pétrole, de gaz et d’or ne devrait pas condamner ses citoyens à subir indéfiniment la cherté de la vie sans leur offrir des perspectives d’amélioration de leur pouvoir d’achat. Ces ressources doivent se traduire par davantage de production, d’emplois, d’investissements et de services accessibles. L’État doit surtout apprendre à anticiper : anticiper les tensions sur les marchés, les fluctuations internationales, les besoins alimentaires et les conséquences sociales des décisions économiques. La rétraction des investisseurs et le ralentissement de certaines activités ne font qu’accentuer cette pression.
Face à cette situation, les réponses doivent être urgentes, structurelles et durables. Le Sénégal doit accélérer sa souveraineté alimentaire en renforçant la production locale, en modernisant l’agriculture, l’élevage et la pêche, et surtout en accompagnant les producteurs afin que le « consommer local » ne soit plus un simple slogan. Il faut produire davantage, transformer davantage et distribuer mieux pour réduire notre dépendance aux importations.
L’État doit également explorer des mécanismes intelligents de subvention et de soutien ciblé pour les produits essentiels, sans créer de distorsions durables ni épuiser les finances publiques. La régulation doit être renforcée sur les secteurs où les abus pénalisent directement les ménages. Et dans le transport urbain, pourquoi ne pas envisager une présence beaucoup plus forte de l’État, notamment à travers la création ou la nationalisation de certaines sociétés stratégiques, afin de garantir une offre suffisante et une tarification raisonnable ?
La cherté de la vie n’est pas une simple question de statistiques économiques. C’est une question de dignité. Lorsque se nourrir, se loger et se déplacer deviennent des épreuves quotidiennes, c’est tout le contrat social qui est interrogé.
Le Sénégal ne peut pas se contenter de demander à ses citoyens de « tenir bon ». Il doit leur donner les moyens de vivre, et non simplement de survivre. La croissance n’a de sens que lorsqu’elle se retrouve dans l’assiette, dans le portefeuille et dans le quotidien des populations.
Cheikhouna Bamba LO
Média 28



