La rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, intervenue au mois de mai 2026, a profondément bouleversé le paysage politique sénégalais. Après plus d’une décennie de compagnonnage politique, les deux hommes se retrouvent désormais à la tête de deux pôles distincts du pouvoir. Le président a mis fin aux fonctions de son Premier ministre le 22 mai, avant que celui-ci ne soit élu président de l’Assemblée nationale quelques jours plus tard.
Cette séparation est d’autant plus importante qu’en 2024, Bassirou Diomaye Faye avait été porté à la magistrature suprême dans une campagne largement construite autour du projet et de la mobilisation de Pastef et de ses sympathisants. Il avait obtenu 54,28 % des suffrages dès le premier tour. Dès lors, une question s’impose : que restera-t-il de cette dynamique politique lorsque les deux hommes ne parleront plus d’une seule voix ?
Certains électeurs qui avaient voté pour Diomaye dans le cadre de cette alliance pourraient naturellement réévaluer leur position. Mais réduire l’électorat sénégalais à la seule fidélité à Ousmane Sonko serait également une lecture trop simpliste. Sonko dispose d’une influence politique importante, mais il ne représente pas, à lui seul, l’ensemble de l’électorat national.
Le Sénégal compte aussi des citoyens qui ne se reconnaissent durablement dans aucun homme ou aucune formation politique. Pour eux, le prochain rendez-vous électoral se jouera moins sur les souvenirs de 2024 que sur une question beaucoup plus concrète : qu’est-ce qui aura réellement changé dans leur vie ?
C’est précisément là que commence le véritable test de Bassirou Diomaye Faye. Désormais, le président devra progressivement construire une identité politique qui ne repose plus uniquement sur l’héritage de la campagne de 2024. Et cette identité se construira surtout à travers les résultats de son action. La vie chère, le pouvoir d’achat, l’emploi, l’accès aux services publics et, plus récemment, les difficultés liées à l’électricité constituent des préoccupations immédiatement perceptibles par les ménages.
Sur l’électricité notamment, la situation actuelle peut devenir un sujet politique majeur si les coupures persistent, car l’énergie touche directement les familles, les entreprises, les commerces et la productivité. Dans le même temps, le gouvernement annonce vouloir réduire le coût de l’énergie en augmentant l’utilisation du gaz produit localement et en réformant progressivement les subventions énergétiques.La séquence économique actuelle ajoute une autre dimension à l’équation.
Le Sénégal et le FMI sont parvenus, le 1er septembre 2026, à un accord au niveau des services sur un programme triennal d’environ 2,2 milliards de dollars, soit près de 1 537 millions de DTS. Cet accord reste toutefois soumis à l’approbation des instances compétentes du Fonds. Le programme annoncé vise notamment la stabilité macroéconomique, la viabilité de la dette, l’amélioration des finances publiques, l’investissement privé et la protection des ménages vulnérables. Le déplacement de Bassirou Diomaye Faye à Washington et sa rencontre avec la directrice générale du FMI,
Kristalina Georgieva, ont donc une portée qui dépasse le simple agenda diplomatique.Mais pour les Sénégalais, la question essentielle ne sera pas seulement de savoir combien de milliards seront mobilisés ou combien d’accords auront été signés. La véritable mesure du succès sera ce que ces réformes produiront dans la vie quotidienne. Un accord avec le FMI ne constitue pas, à lui seul, une amélioration du pouvoir d’achat. Il faudra que les réformes se traduisent par davantage d’emplois, une meilleure maîtrise des prix, une énergie plus disponible et moins coûteuse, un environnement économique plus favorable et une protection effective des ménages vulnérables. Le président a d’ailleurs lui-même insisté récemment sur la régulation du loyer, la lutte contre la cherté de la vie et la protection du pouvoir d’achat.
À trois ans de la prochaine présidentielle, le temps politique peut donc devenir celui du bilan. La rupture avec Ousmane Sonko a fermé une période : celle du tandem et de la mobilisation commune. Une nouvelle période s’ouvre désormais, dans laquelle Bassirou Diomaye Faye devra être jugé sur sa propre capacité à gouverner et à produire des résultats. En 2029, si le président sollicite à nouveau les suffrages des Sénégalais, le débat ne pourra probablement pas se limiter à la question de savoir qui de Diomaye ou de Sonko possède la plus grande popularité.
Il portera aussi sur une question beaucoup plus simple : qu’est-ce que le Sénégalais aura gagné ou perdu pendant les années de gouvernance de Bassirou Diomaye Faye ?C’est donc maintenant que se joue une partie essentielle de cette future bataille politique : non pas dans les meetings, ni dans les querelles entre camps, mais dans le quotidien. Le prix du panier, la disponibilité de l’électricité, l’accès à l’emploi, le coût du logement, la qualité des services publics et le pouvoir d’achat seront probablement parmi les indicateurs les plus visibles de cette gouvernance. Les voyages présidentiels, les partenariats internationaux et les accords financiers ne prendront tout leur sens que lorsqu’ils produiront des effets perceptibles au niveau national. Le temps du discours devra progressivement laisser place au temps des résultats.



