Le 20 avril 2021, Emmanuel Macron avait marqué les esprits en se rendant à N’Djamena aux côtés de Mahamat Idriss Déby, lors des funérailles du père de ce dernier, Idriss Déby Itno. Pour beaucoup, ce geste avait été perçu comme une tentative de légitimation d’un coup d’État militaire, survenu après la mort du président tchadien. En effet, un conseil militaire de transition, dirigé par Mahamat Idriss Déby, avait pris le pouvoir, avec le soutien d’un groupe de quatorze généraux.
L’alliance stratégique entre la France et le Tchad
Le déplacement de Macron à N’Djamena, bien qu’interprété comme un soutien à un régime militaire, pouvait également s’expliquer par les relations historiques entre les deux pays, notamment sur le plan militaire. Le Tchad est depuis longtemps un allié clé de la France dans la région sahélienne, et le président français a toujours mis en avant ces liens pour justifier son engagement dans la zone.
Une rupture inattendue
Jusqu’au 28 novembre dernier, Emmanuel Macron semblait encore convaincu qu’il pourrait maintenir les bases militaires françaises au Tchad. La preuve en est le rapport de Jean-Marie Bockel, envoyé spécial de Macron, qui a présenté lundi dernier une reconfiguration du dispositif militaire français en Afrique, sans évoquer une rupture de l’accord de défense avec N’Djamena. La France envisageait plutôt une réduction de ses effectifs au Tchad, sans anticiper que le pays rompt soudainement l’accord.
Un retournement de situation
La dénonciation de l’accord de défense, survenue sans aucun avertissement préalable, a pris la France de court. Quelques heures avant la rupture, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, était encore à N’Djamena, où il avait visité des camps de réfugiés soudanais et rencontré le président Mahamat Idriss Déby Itno. Aucune indication ne laissait présager un tel geste, et c’est dans le vol de retour que Paris a appris la nouvelle, plongeant Emmanuel Macron dans l’incertitude sur les raisons de ce revirement inattendu.
Le camouflet tchadien
Pour Macron, la décision de N’Djamena est un véritable camouflet, d’autant qu’il n’a pas été mis au courant de la situation par son homologue tchadien, Mahamat Idriss Déby. Ce coup porté par un allié stratégique laisse un goût amer dans la diplomatie française, d’autant que les relations entre les deux pays semblaient jusque-là solides.
Le cas du Sénégal : un contexte différent
La situation au Sénégal est bien différente. Bien que la France ait anticipé des tensions concernant ses bases militaires en Afrique, particulièrement avec le duo souverainiste Bassirou Diomaye Faye-Ousmane Sonko, l’évolution des événements a pris un tournant inattendu. La décision de Dakar d’interrompre sa coopération militaire avec la France est intervenue après que Macron ait reconnu, dans une lettre, le massacre de Thiaroye, un acte symbolique pour les relations franco-sénégalaises. Cette nouvelle décision laisse également un arrière-goût de camouflet pour la France, dans un contexte où les relations avec l’Afrique sont de plus en plus fragilisées.
En somme, ces événements révèlent des ruptures diplomatiques imprévues pour la France, qui se voit confrontée à un nouvel équilibre à trouver dans ses relations avec ses partenaires africains.



