L’uniforme est censé incarner l’autorité de l’État, la protection du citoyen et le respect de la loi. Pourtant, au Sénégal, certains comportements de quelques hommes de tenue donnent parfois le sentiment que l’uniforme est devenu un permis d’humilier. Contrôles effectués avec mépris, interpellations accompagnées de paroles déplacées, citoyens rudoyés ou traités comme des coupables avant même d’avoir été entendus, abus d’autorité lors de simples vérifications : ces pratiques, même lorsqu’elles restent le fait d’une minorité, ternissent l’image de toute une institution. Car l’autorité conférée par l’uniforme n’est pas un pouvoir personnel : elle appartient à l’État, et cet État est financé, directement ou indirectement, par cette même population que les agents sont chargés de servir et de protéger.
Le danger dépasse alors l’incident entre un agent et un civil. À force d’être humilié, le citoyen finit par développer de l’hostilité envers l’homme de tenue, voire une véritable défiance. Certains préfèrent éviter le commissariat ou la gendarmerie, par peur d’y être mal accueillis ou humiliés. D’autres choisissent de régler leurs problèmes eux-mêmes plutôt que de solliciter ceux qui devraient pourtant être leurs premiers recours. Peu à peu, le respect laisse place au mépris, la confiance à la suspicion et la coopération à l’affrontement. C’est ainsi qu’un comportement individuel peut finir par créer une fracture collective entre les forces de défense et de sécurité et la population.
Il faut donc réconcilier les deux camps. Aux hommes de tenue, il faut rappeler une évidence : interpeller un citoyen ne signifie pas l’humilier. Faire respecter la loi n’interdit ni la courtoisie, ni la considération humaine, ni la dignité. L’autorité véritable n’est pas celle qui fait trembler le citoyen, mais celle qui impose le respect tout en se faisant respecter. Et au citoyen, il faut également rappeler que l’uniforme représente une institution et que le respect des forces de défense et de sécurité demeure indispensable à l’ordre public.
La reconquête de la confiance passera par cette relation plus saine : une force publique ferme sur la loi, mais respectueuse de l’humain ; une population consciente de ses devoirs, mais certaine de ses droits. Car l’homme de tenue n’est pas au-dessus du citoyen : il est au service de la République. Et lorsque celui qui détient l’autorité comprend que cette autorité lui a été confiée pour protéger, et non pour dominer, l’uniforme retrouve enfin sa véritable valeur : celle d’un symbole de sécurité, de discipline et de confiance.
Cheikhouna Bamba Lô
Média 28



