Le football amateur sénégalais est-il en train de perdre son âme ? À Diourbel, la réponse prend une tournure particulièrement préoccupante. Face à la multiplication des violences autour des Navétanes, le préfet du département, Abdou Khadir Diop, a décidé de suspendre, à compter du 1er octobre 2026, toutes les activités liées au championnat populaire dans la commune. Une décision qui illustre, une nouvelle fois, les dérives inquiétantes qui gangrènent une compétition pourtant censée être un espace de retrouvailles, de convivialité et de passion.
Dans un arrêté pris le 1er octobre, l’autorité administrative s’appuie notamment sur un rapport du commissaire central de Diourbel faisant état de violences survenues au quartier Keur Serigne Mbaye Sarr, après un match impliquant l’ASC Ndofnane. Mais le problème dépasse largement cet incident.
Le préfet évoque la récurrence des violences avant, pendant et après les rencontres, avec des conséquences potentiellement graves : mise en danger des populations, destruction de biens et entrave à la circulation des personnes et des véhicules.
Plus préoccupant encore, l’arrêté relève l’absence de sanctions de l’ODCAV contre certaines ASC impliquées dans des actes de violence, malgré une mise en demeure.Le constat est difficile à accepter : comment un simple match de football peut-il encore dégénérer au point de nécessiter l’intervention des forces de sécurité et la suspension d’une compétition entière ?
Les Navétanes ont longtemps incarné le football populaire par excellence, celui des quartiers, de la jeunesse et de la passion partagée. Les transformer en théâtre d’affrontements, c’est dénaturer leur raison d’être. À force de banaliser les insultes, les menaces, les jets de pierres et les violences, le football amateur risque de devenir tout sauf un jeu.La décision de Diourbel n’est d’ailleurs pas un cas isolé.
D’autres localités, notamment Rufisque, Ngandiouf et Grand-Yoff, ont récemment connu des suspensions similaires pour des motifs liés à l’ordre public. Face à cette répétition, une question s’impose : jusqu’où faudra-t-il aller avant de prendre définitivement la mesure du problème ?
Le football doit rester un espace de compétition, pas un champ de bataille. Les dirigeants sportifs, les encadreurs, les joueurs, les supporters et les autorités ont chacun une responsabilité pour mettre fin à cette spirale. Car lorsque la violence prend le dessus sur le sport, c’est toute la société qui finit par perdre le match.



