Sur les réseaux sociaux ouest-africains, l’idée d’un « avenir meilleur » se répand rapidement, soutenue par des partenariats croissants avec des puissances non occidentales, en particulier le bloc des BRICS. Ce groupe, qui inclut le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, a récemment élargi ses rangs en accueillant l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Égypte et l’Éthiopie.
Les termes tels que « nouvel ordre mondial » et « monde multipolaire » connaissent une popularité sans précédent sur des dizaines de pages Facebook, principalement dans la région du Sahel. Ces plateformes diffusent des contenus souvent favorables à Moscou et, dans une moindre mesure, à Pékin.
Un groupe Facebook intitulé « BRICS+Afrique pour un Monde Multipolaire » compte plus de 16 000 membres. Dans sa présentation, il proclame que l’Afrique est en train de devenir le continent d’avenir au sein de ce nouvel ordre mondial. Les publications incluent des images de rencontres entre dirigeants, comme celle entre Vladimir Poutine et le président émirati Mohammed ben Zayed al-Nahyane, avant le sommet qui se tient cette semaine à Kazan, en Russie. D’autres posts expriment leur satisfaction quant à l’arrivée des troupes nord-coréennes en Ukraine pour soutenir les Russes.
Une influence croissante des puissances émergentes
La majorité des profils promouvant ces idées semblent administrés depuis des pays comme le Niger, le Burkina Faso ou le Mali. Selon le chercheur Maxime Audinet, de l’Institut de recherche de l’école militaire à Paris, ces discours font écho à une narrative développée par le Kremlin qui oppose la « majorité mondiale » à un « Occident minoritaire ». Cette approche vise à critiquer la dépendance vis-à-vis de l’Occident tout en promouvant les BRICS et d’autres organisations comme le G20, dont la Russie aspire à devenir le porte-voix.
Cette stratégie a été clarifiée dans un rapport de Sergueï Karaganov, un théoricien russe, soulignant l’importance de l’Afrique dans la rivalité géopolitique avec l’Occident. Au Sahel, où des juntes militaires se sont rapprochées de Moscou, les critiques envers la présence française ont été omniprésentes, mais le discours évolue maintenant.
Les outils de la propagande
La Russie utilise divers outils pour propager ces récits en Afrique, hérités du groupe Wagner et aujourd’hui repris par l’agence « African Initiative », dirigée par un ancien agent des services de sécurité russes. L’écosystème prorusse est également alimenté par des figures locales comme Ahoua Don Mello, ancien ministre ivoirien, qui promeut un panafricanisme libéré des héritages coloniaux.
De son côté, la Chine renforce également son influence avec des annonces d’investissements massifs en Afrique, relayées par des médias d’État comme Xinhua, qui adoptent parfois des éléments de langage communs avec les médias russes. Bien que Moscou et Pékin ne soient pas toujours alignés et se livrent à une certaine compétition en Afrique, ils partagent une volonté manifeste de promouvoir un discours cohérent sur des sujets comme le nouvel ordre mondial.
Vers un agenda militaire et autoritaire
Ces narratifs servent également les intérêts des régimes militaires en Afrique de l’Ouest, qui cherchent à rejoindre une sorte de « club des pays autoritaires » tout en redéfinissant leur image. Des campagnes de désinformation sont menées localement, souvent sans intervention directe de Moscou, profitant à des jeunes qui bénéficient de l’accès gratuit à Internet dans certains quartiers.
Un exemple frappant de cette dynamique a été observé en juillet, lorsque plusieurs comptes ont de manière coordonnée diffusé une fausse nouvelle sur l’adhésion présumée du chef de la junte burkinabè Ibrahim Traoré aux BRICS.
Cette situation révèle comment l’Afrique de l’Ouest se trouve au cœur d’une réorientation géopolitique, où de nouveaux partenariats émergent et où les récits alternatifs gagnent du terrain, remettant en question l’influence traditionnelle des puissances occidentales.



