Dans nos prisons, certains détenus ne purgent pas une peine. Ils attendent simplement d’être jugés. Des mois… parfois des années. Ils attendent un procès dont ils ignorent la date, une décision qui peut bouleverser toute leur vie. Et parfois, lorsque le verdict tombe, la peine est inférieure au temps déjà passé en détention. Pire encore, certains sont déclarés innocents. Innocents… après avoir passé des années derrière les barreaux.
Mais qui rend à un homme les années qu’on lui a prises ? Qui rend à un père les anniversaires de ses enfants ? À une mère, les moments passés loin de sa famille ? À un jeune homme, les années perdues dans sa formation, son travail, ses projets ? Une fois dehors, il faut encore affronter les blessures psychologiques, le regard de la société et les difficultés à retrouver un emploi ou une place dans la communauté.
Une indemnisation peut réparer un préjudice matériel. Mais elle ne peut pas remonter le temps. Elle ne peut pas rendre une jeunesse, une carrière, une famille fragilisée ou des années de liberté.
On dit que le temps de la justice n’est pas celui des hommes. Mais la justice est faite par des hommes, pour des hommes. Alors elle ne peut pas oublier que derrière chaque dossier, il y a une vie. Et lorsqu’une justice trop lente finit par innocenter celui qu’elle a enfermé, ce n’est pas seulement une porte de prison qu’elle doit ouvrir : c’est une vie qu’elle doit tenter de reconstruire.
Cheikhouna Bamba Lô
Média 28



