Le gouvernement syrien fait face à une offensive rebelle d’une ampleur inédite depuis le début du conflit, perdant des territoires stratégiques au fur et à mesure que les rebelles soutenus par la Turquie progressent vers le cœur du pays. Ce vendredi, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les forces loyalistes ont cédé le contrôle d’une nouvelle ville au sud de Damas, au profit de factions locales qui ont renforcé leur emprise sur la région.
Une avancée fulgurante des rebelles
L’offensive, lancée le 27 novembre à partir de la province d’Idleb, fief des groupes rebelles dans le nord-ouest, a été d’une rapidité surprenante. En moins d’une semaine, les rebelles ont pris les villes stratégiques d’Alep et de Hama, et se trouvent désormais aux portes de Homs, la troisième plus grande ville du pays, à 150 kilomètres de la capitale. Ce gain spectaculaire marque un tournant dans un conflit qui dure depuis 13 ans, redessinant les lignes de front et menaçant d’emporter les dernières positions du régime de Bachar al-Assad.
Les combattants de la coalition rebelle, dirigée par le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS), soutenus par la Turquie, ont réussi à prendre de nombreuses localités et villes clés dans le cadre d’une offensive fulgurante. Les rebelles mettent désormais en péril les zones encore sous contrôle du gouvernement, avec Deraa, une ville emblématique du soulèvement de 2011, tombée vendredi entre leurs mains.
Un soutien international aux opposants du régime
Face à la déstabilisation du pays, les appels internationaux se multiplient. Après la Russie, les États-Unis ont également appelé leurs ressortissants à évacuer la Syrie immédiatement, en raison de la dégradation rapide de la situation sécuritaire. Le Département d’État a insisté sur la nécessité de quitter le pays tant que des vols commerciaux restent disponibles. Peu avant, la Russie, principal allié du régime syrien, avait recommandé à ses citoyens de quitter la Syrie, où elle maintient plusieurs bases militaires.
Le soutien à l’opposition syrienne ne se limite pas à la Turquie. L’Iran, un autre allié clé du gouvernement syrien, a également commencé à évacuer son personnel militaire et diplomatique, signalant un affaiblissement de l’influence de Téhéran dans la région.
Les tensions internationales s’intensifient
Le ministre américain des Affaires étrangères, Antony Blinken, a souligné l’urgence de protéger les civils, notamment les membres des minorités, dans cette nouvelle phase du conflit. En parallèle, les ministres des Affaires étrangères d’Irak, d’Iran et de Syrie se sont réunis à Bagdad pour exprimer leurs préoccupations quant à l’impact de la guerre syrienne sur la stabilité régionale.
Samedi, les chefs de la diplomatie turque, russe et iranienne doivent se rencontrer à Doha pour discuter de la situation, bien que ces pays soutiennent des camps opposés dans le conflit syrien. Depuis 2017, ces trois nations ont été partenaires du processus d’Astana, une initiative visant à instaurer un cessez-le-feu, mais leurs soutiens respectifs aux différents belligérants compliquent la situation.
Des pertes humaines et des déplacés de plus en plus nombreux
Les combats ont causé des pertes humaines considérables depuis le début de l’offensive rebelle. L’OSDH fait état de plus de 826 morts, dont une centaine de civils, et de près de 370 000 déplacés depuis le 27 novembre. Les violences s’étendent également aux provinces de Deir Ezzor et Deraa, où les forces gouvernementales se sont repliées, permettant aux rebelles locaux de prendre le contrôle de plusieurs positions.
À Homs, la situation est particulièrement tendue. Après la prise de Hama, des dizaines de milliers d’habitants, principalement issus de la minorité alaouite, ont fui vers la côte méditerranéenne, craignant une offensive similaire. Les forces loyales à Bachar al-Assad ont démenti toute retraite de Homs et ont annoncé l’envoi de renforts militaires, mais des frappes aériennes russes et syriennes ont fait de nouvelles victimes civiles dans la région.
Un avenir incertain pour le régime d’Assad
Si les rebelles prennent Homs, les seules zones encore sous contrôle du régime seraient Damas et la côte méditerranéenne. Depuis 2015, l’armée syrienne a pu se stabiliser grâce au soutien militaire russe, mais avec la guerre en Ukraine, la Russie est de plus en plus affaiblie sur le plan militaire. Le Hezbollah et l’Iran, également principaux soutiens d’Assad, ont vu leurs ressources diminuées par les conflits au Liban et la guerre à Gaza.
Le chef du HTS, Abou Mohammed al-Jolani, a réaffirmé l’objectif des rebelles : renverser le régime en place. « Nous avons le droit d’utiliser tous les moyens nécessaires pour atteindre cet objectif », a-t-il déclaré, soulignant que Damas est l’objectif ultime de leur offensive. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a également confirmé le soutien de la Turquie à cette avancée, appelant à la poursuite des combats jusqu’à la prise de la capitale syrienne.
Dans ce contexte de guerre totale, l’avenir de la Syrie semble plus incertain que jamais, avec un pays dévasté par des années de conflit et des puissances étrangères qui se disputent son avenir.



