La réforme des finances publiques en 2020 a fait entrer le Sénégal dans le budget de programmes. Elle repose sur une distinction fondamentale : les autorisations d’engagement (AE) fixent la limite des dépenses que l’État peut juridiquement engager, sur plusieurs exercices ; les crédits de paiement (CP) fixent la limite de ce qu’il peut payer dans l’année. L’AE est la promesse, le CP en est l’exécution.
La LFR 2026 dissocie l’une de l’autre à une échelle inédite. L’inventaire des chapitres à crédits de paiement nuls recense 38 projets totalisant 1 151,431 milliards d’autorisations d’engagement, pour 0 franc de crédits de paiement. Cinq hôpitaux, à Kaolack, Bakel, Mbour, Ziguinchor et Saint-Louis, portent ensemble 429 milliards d’AE, et pas un franc de CP en 2026. Pour les 35 centres de santé, les crédits de paiement prévus, 60 milliards, tombent à zéro, tandis que les engagements pluriannuels passent de 60 à 157,7 milliards. L’autorisation enfle à mesure que le paiement disparaît.
Un engagement sans crédit de paiement correspondant est la matrice même de l’arriéré : l’État contracte, le prestataire exécute, la facture attend. C’est par ce mécanisme que se sont accumulés les 2 494,85 milliards d’arriérés recensés par l’audit de l’Inspection générale des finances à fin 2024. Un budget qui multiplie les AE sans CP prépare la dette non financière de demain, celle-là même dont on refuse aujourd’hui aux députés le rapport d’audit.
L’ironie est que le Gouvernement propose lui-même, à l’article 20, d’interdire les lettres de confort, ces promesses de crédits inscrites par avance dans des lois de finances futures. La disposition s’accorde mal avec la défense de ses propres coupes. Promettre aux populations de Saint-Louis que leur hôpital sera financé en 2027, sans montant ni calendrier, revient à leur adresser une lettre de confort.
Ousmane Noreyni Gueye
PASTEF – Les patriotes



