Huit ans après la mort de l’étudiant Fallou Sène à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, l’affaire a été examinée ce vendredi devant le tribunal militaire. Poursuivi pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, l’ancien sous-lieutenant de gendarmerie Serigne Moustapha Sané a reconnu avoir ouvert le feu sur les manifestants en mai 2018. Le tribunal rendra sa décision le 27 novembre prochain.
L’affaire Fallou Sène connaît une nouvelle étape judiciaire. Ce vendredi, le tribunal militaire s’est penché sur les circonstances de la mort de cet étudiant de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, tué lors des affrontements entre étudiants et forces de l’ordre en 2018.
À la barre, Serigne Moustapha Sané, qui avait le grade de sous-lieutenant au moment des faits, a reconnu avoir fait usage de son arme à feu lors de l’intervention des gendarmes sur le campus universitaire. Il est poursuivi pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
Pour justifier son acte, l’accusé a invoqué les circonstances de l’intervention et les violences auxquelles les forces de l’ordre auraient été confrontées. Selon ses explications, il aurait ouvert le feu pour protéger son commandant, Abdou Diop, ainsi que d’autres gendarmes blessés et pris à partie par les étudiants.
Le militaire affirme avoir effectué trois tirs de sommation avant de procéder à un quatrième tir, qu’il dit avoir dirigé vers les membres inférieurs des manifestants.
Toutefois, les conditions dans lesquelles il a utilisé son arme ont soulevé des interrogations au cours des débats. Selon les éléments évoqués à l’audience, il disposait d’un pistolet automatique de calibre 9 mm, mais aurait finalement fait usage d’un fusil M16.
Des témoignages qui divergent sur les circonstances des tirs
Entendu comme témoin, le commandant Abdou Diop, qui dirigeait l’intervention en 2018, a confirmé que son subordonné avait utilisé son arme dans le but de protéger les éléments engagés et de disperser la foule. Il a également évoqué les blessures subies par plusieurs gendarmes, notamment Pape Matar Diop.
Cependant, les témoignages des représentants de la Coordination des étudiants de Saint-Louis ont apporté un éclairage différent sur le déroulement des événements.
Deux représentants de la structure, dont son ancien président en fonction au moment des faits, M. Diop, ont été entendus par le tribunal. Leurs déclarations n’ont pas corroboré la version présentée par l’accusé.
Ils ont notamment expliqué avoir demandé aux étudiants de mettre fin aux jets de pierres afin de permettre aux gendarmes de reprendre leur positionnement.
Ces témoignages mettent en évidence les divergences persistantes autour des circonstances exactes de l’intervention qui a coûté la vie à Fallou Sène.
250 millions de FCFA réclamés en réparation
Sur le plan civil, la famille de Fallou Sène, représentée par Me Assane Dioma Ndiaye, réclame 200 millions de FCFA à titre de dommages et intérêts. L’avocat estime que les faits reprochés à l’accusé sont établis.
De son côté, la Coordination des étudiants de Saint-Louis, représentée par Me Amadou Diallo, a demandé 50 millions de FCFA en réparation du préjudice subi.
Au total, les demandes d’indemnisation formulées devant le tribunal s’élèvent à 250 millions de FCFA.
Le parquet requiert un an de prison, dont six mois ferme
Dans ses réquisitions, le procureur de la République a demandé au tribunal de déclarer Serigne Moustapha Sané coupable des faits qui lui sont reprochés. Le représentant du ministère public a requis une peine d’un an d’emprisonnement, dont six mois ferme.
Pour sa défense, l’accusé était assisté par Me Moustapha Dieng. Dans sa plaidoirie, l’avocat a invoqué l’article 315 du Code pénal ainsi que l’état de nécessité pour soutenir la position de son client.
À l’issue des débats, la défense a également lancé un appel à l’apaisement.
Le tribunal militaire a finalement mis l’affaire en délibéré au 27 novembre prochain, date à laquelle la décision est attendue.
Huit ans après la disparition de Fallou Sène, cette décision judiciaire est particulièrement attendue par sa famille, les étudiants et l’opinion publique, toujours marqués par ce drame survenu au sein de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis.



