Max Weber, dans les pages moins commentées de sa sociologie religieuse, ouvre une voie que certains commentateurs ont appelé les charismes spécifiques. Ni révélation prophétique, ni simple titre administratif, ce sont des grâces circonscrites : le charisme de la bonté, celui de la raison, celui du savoir-faire, celui de la parole qui font d’un homme politique un virtuose dans un registre précis de l’action quotidienne. Diomaye n’en a aucun ! Car un pouvoir peut être légal sans être jamais habité. Et c’est précisément ce qui se joue au Sénégal aujourd’hui : le pays a changé de régime sans changer de vide.
Il faut se souvenir de ce que fut, en creux, le charisme de Sonko pendant les 2 ans qu’il était à la primature. Il avait la capacité de faire sentir au marchand ambulant, à l’enseignant, au chauffeur de taxi…, qu’ils étaient les destinataires directs du discours d’État et non ses figurants, ses statistiques, mais ses interlocuteurs.
Ce n’était pas du prophétisme. Sonko n’annonçait pas de révélation, ne prétendait à aucun destin messianique. C’était plus modeste et, en un sens, plus efficace : un charisme spécifique de la proximité, une virtuosité du verbe populaire qui rendait la difficulté supportable parce qu’elle était nommée, partagée, incarnée.
Le désenchantement du monde ! Cette marche inexorable vers un ordre vidé de tout supplément d’âme. On peut appliquer ce concept à la lettre à la présidence de Diomaye. Voici un pouvoir légal au sens le plus strict : des décrets, des conseils des ministres… et rien, absolument rien, qui ressemble à une promesse incarnée.
Le comble, c’est que même le charisme de fonction, le plus modeste, le plus impersonnel, exige un minimum de mise en scène de l’autorité. Or le gouvernement de Diomaye ne parvient même pas à jouer la légitimité qu’il détient sur le papier. Ses ministres, transhumants recyclés ou reliques d’un système qu’on croyait enterré, ne maîtrisent ni le fond de leurs dossiers ni la forme de leur parole publique. Ils n’ont pas même le charisme du savoir-faire, cette virtuosité technique qui, à défaut de grâce, impose au moins le respect de la compétence. Serigne Gueye Diop, Abdourahmane Diouf, Moussa Balla Fofana, Amy Mara, j’en passe et des meilleurs, qui peut compter sur eux pour rendre intelligible une seule mesure de l’Etat ? 1000 volontaires, agropoles, pôles territoires… Que des annonces. Rien de concret. Ils sont aussi vides qu’une cruche.
Reste une question que je me garderais bien de trancher : un pouvoir peut-il se réenchanter après s’être désenchanté ? Rien ne l’interdit en théorie certainement. Le charisme peut toujours resurgir de manière imprévue, y compris dans les interstices d’un ordre parfaitement rationalisé. Mais cela suppose un sursaut, une parole neuve, un homme ou une équipe capable de renouer le fil rompu entre l’État et son peuple. Pour l’instant, ne comptez pas sur Diomaye et ses ministres. Il ne se passera rien d’ici 2029 !
Usmaan Nóoréyni Géy



