L’intelligence artificielle est désormais partout. Elle s’invite dans nos téléphones, nos entreprises, nos administrations, nos écoles, nos banques, nos médias et même dans nos activités quotidiennes. Des outils comme ChatGPT, Gemini, Copilot ou Midjourney peuvent aujourd’hui rédiger un texte, traduire un document, analyser des données, créer une image, produire une vidéo ou assister un professionnel dans son travail. L’IA n’est pourtant pas une invention totalement différente des précédentes : comme la machine à écrire, la calculatrice, l’ordinateur ou Internet, elle constitue avant tout un nouvel outil destiné à faciliter et accélérer le travail humain.
Mais c’est justement son efficacité qui commence à inquiéter. Car contrairement à beaucoup d’outils précédents, l’IA peut accomplir des tâches qui nécessitaient autrefois plusieurs heures de travail humain. Dans un service administratif, par exemple, un logiciel d’IA peut trier des milliers de documents, extraire des informations et produire des synthèses en quelques secondes. Dans une banque, elle peut analyser des dossiers et détecter des anomalies. Dans un centre d’appel, elle peut répondre automatiquement à une partie des demandes des clients. Dans les médias, elle peut transcrire une interview, résumer une dépêche ou préparer une première version d’un article. Dans le commerce, elle peut gérer des stocks, prévoir la demande et assister le service clientèle. Le problème n’est donc plus seulement de savoir ce que l’IA peut faire, mais combien de personnes seront encore nécessaires pour accomplir certaines tâches.
C’est là que se trouve la véritable répercussion sur les métiers. Lorsqu’une entreprise découvre qu’un outil peut effectuer rapidement le travail de plusieurs personnes, elle peut être tentée de réduire ses effectifs ou de ne pas remplacer les départs. Certains métiers ne disparaîtront probablement pas totalement, mais leurs tâches seront profondément transformées. Le secrétaire qui saisissait autrefois des documents devra davantage contrôler et organiser l’information produite par les outils numériques. Le comptable pourra utiliser l’IA pour automatiser une partie des opérations répétitives. Le journaliste devra vérifier, enquêter et apporter l’analyse que la machine ne garantit pas. Même le développeur informatique travaille désormais avec des assistants capables de générer une partie du code.
Faut-il pour autant avoir peur de l’IA ? Non, mais il faut avoir peur de ne pas s’y adapter. L’histoire montre que les innovations détruisent certains emplois tout en créant de nouvelles activités. L’enjeu sera donc de préparer les travailleurs à cette transformation. Il faut apprendre à utiliser l’IA, à la contrôler, à vérifier ses résultats et surtout à savoir ce qu’elle ne peut pas remplacer : le jugement, la responsabilité, la créativité, l’empathie, l’expérience et la compréhension du terrain. Demain, le véritable danger ne sera peut-être pas l’homme remplacé par l’IA, mais l’homme qui refuse d’apprendre à travailler avec elle. La question n’est donc plus : « L’IA va-t-elle remplacer l’homme ? » Mais plutôt : « Comment faire pour que l’homme qui maîtrise l’IA remplace celui qui refuse de l’apprendre ? »
Cheikhouna Bamba Lô
Média 28



