À chaque pluie, le même scénario se répète, comme une chronique annoncée dont Dakar ne parvient toujours pas à se libérer. Quelques heures de précipitations suffisent pour transformer certaines rues de la capitale en véritables bassins. Dans plusieurs zones, les eaux envahissent les habitations, paralysent les axes routiers et rendent les déplacements presque impossibles. Les véhicules s’immobilisent, les transports en commun interrompent leurs trajets et des milliers de citoyens se retrouvent piégés, contraints de marcher dans des eaux parfois insalubres pour simplement rentrer chez eux ou rejoindre leur lieu de travail.
Pourtant, après tant d’années confrontées à ce phénomène, cette situation ne devrait plus avoir le caractère d’une surprise. Ce qui interroge aujourd’hui, ce n’est donc plus seulement la quantité de pluie qui tombe, mais notre capacité à l’anticiper et à y faire face. Or, trop souvent, la réponse des autorités semble se limiter à des visites de terrain, des déclarations et des opérations ponctuelles. Ces déplacements peuvent être nécessaires, mais lorsqu’ils deviennent le principal visage de l’action publique, ils donnent parfois l’impression d’une réponse davantage destinée à rassurer ou préserver une crédibilité politique qu’à traiter durablement le problème. Quant aux solutions temporaires, elles montrent rapidement leurs limites : on pompe, on évacue, on dégage… puis la pluie suivante remet tout à zéro, parfois avec des conséquences encore plus lourdes.
Il faut changer de logique : ne plus attendre l’eau pour chercher les solutions. La préparation de l’hivernage doit commencer plusieurs mois avant les premières pluies, avec une cartographie précise des zones à risque, le curage préventif des canalisations, l’entretien des ouvrages de drainage et la mobilisation des moyens nécessaires. Surtout, chaque nouvelle infrastructure routière, chaque lotissement et chaque projet urbain devrait intégrer dès sa conception la question fondamentale de l’évacuation des eaux pluviales. Construire une route sans penser au chemin que prendra l’eau, c’est préparer les inondations de demain.
Il faut également renforcer les réseaux d’assainissement et de drainage, multiplier les bassins de rétention lorsque cela est nécessaire, préserver les zones naturelles capables d’absorber les eaux et mettre en place un véritable système de surveillance et d’alerte permettant d’intervenir avant que les rues ne soient submergées. La lutte contre les inondations doit enfin être pensée à l’échelle de l’ensemble de la ville, avec une coordination réelle entre les collectivités, les services de l’État et les structures chargées de l’assainissement.
Les populations, elles aussi, ont leur part de responsabilité : éviter de jeter les déchets dans les caniveaux, préserver les ouvrages d’évacuation et respecter les règles d’urbanisme sont des gestes essentiels. Mais il faut être lucide : les citoyens ne disposent ni des moyens techniques ni des ressources financières pour résoudre seuls un problème de cette ampleur.
Diriger, ce n’est pas seulement intervenir lorsque la catastrophe est visible. C’est surtout prévoir lorsqu’elle est encore invisible. La pluie ne devrait pas suspendre la vie d’une capitale. Qu’il pleuve ou que le soleil brille, le citoyen doit pouvoir travailler, circuler, étudier et rentrer chez lui normalement. Une ville véritablement gouvernée n’attend pas chaque hivernage pour découvrir qu’il pleut. Elle se prépare avant que les premières gouttes ne tombent.
Cheikhouna Bamba Lô
Média 28



