L’accord technique conclu entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) constitue une étape importante, mais il ne saurait, à lui seul, résoudre les difficultés financières auxquelles le pays est confronté. C’est l’analyse livrée par l’économiste El Hadj Alioune Diouf, invité de l’émission « Point de vue ».
Pour l’ancien directeur du Commerce intérieur, l’essentiel se jouera désormais dans l’exécution effective des réformes, la maîtrise des dépenses publiques et une gestion plus rigoureuse de la dette. À ses yeux, l’accord avec le FMI doit davantage être considéré comme un levier stratégique que comme une solution miracle.
« L’accord avec le FMI ne règle pas nos problèmes. Par contre, l’accord avec le FMI peut permettre de régler nos problèmes », a-t-il résumé.
Le véritable défi : passer des plans à l’action
Selon El Hadj Alioune Diouf, le Sénégal ne manque ni d’expertise ni de compétences pour élaborer des politiques économiques ambitieuses. L’administration, le secteur privé et le monde universitaire disposent, estime-t-il, des ressources humaines nécessaires pour concevoir des stratégies adaptées aux réalités du pays.
Mais le principal défi demeure leur mise en œuvre concrète.
L’économiste a notamment évoqué la question de la dette intérieure, qui continue de peser sur le tissu économique national.
« Depuis deux ans, on en parle, mais c’est un problème qu’on n’a pas encore réglé », a-t-il regretté.
Pour lui, l’État doit faire preuve d’exemplarité dans la gestion des ressources publiques afin de restaurer la confiance et de favoriser l’adhésion des citoyens aux efforts demandés.
Dépenses publiques : les dirigeants doivent montrer l’exemple
Sur la maîtrise des dépenses de l’État, Alioune Diouf appelle à une véritable culture de sobriété au sommet de l’appareil institutionnel.
« Un dirigeant doit être exemplaire », a-t-il martelé.
Selon lui, les sacrifices demandés aux populations ne pourront être durablement acceptés que si les responsables publics donnent eux-mêmes l’exemple à travers une gestion rigoureuse et responsable des deniers publics.
Dette : éviter de payer au prix de l’investissement
L’ancien directeur du Commerce intérieur estime également qu’il faut aborder la question de la dette avec pragmatisme, notamment lorsqu’il s’agit d’éventuelles discussions sur sa restructuration.
Une négociation bien maîtrisée pourrait, selon lui, permettre d’allonger les maturités, de desserrer les contraintes financières à court terme et de dégager des marges pour financer l’investissement productif.
« Nous pouvons payer cette dette, mais on ne veut pas être dans une situation où il faut payer la dette et ne pas investir », a-t-il expliqué.
Une équation particulièrement délicate pour le Sénégal, qui doit à la fois honorer ses engagements financiers et préserver les ressources nécessaires à son développement économique.
Donner davantage de place au secteur privé national
Au-delà des relations avec les bailleurs internationaux, Alioune Diouf plaide pour une mobilisation accrue des compétences nationales et un renforcement du secteur privé sénégalais.
L’économiste appelle notamment à faire émerger de véritables « champions nationaux », capables de porter l’industrialisation et de contribuer davantage à la transformation structurelle de l’économie.
S’appuyant sur la pensée de l’économiste François Perroux, il invite à « mettre au cœur de l’économie ceux qui savent, ceux qui peuvent », en donnant davantage de responsabilités et d’espace aux acteurs disposant de l’expertise et de la capacité d’investissement nécessaires.
« Une jarre percée » à colmater
En conclusion, El Hadj Alioune Diouf appelle à un véritable sursaut collectif et patriotique. Pour illustrer les défis auxquels le pays est confronté, il compare le Sénégal à « une jarre percée », dont il faudrait progressivement colmater les fuites.
Une métaphore qui résume sa vision : la sortie de crise ne dépendra pas uniquement de l’appui des partenaires extérieurs. Elle passera surtout par une meilleure gouvernance, une discipline budgétaire accrue, une gestion responsable de la dette et la valorisation des compétences et du secteur privé national.
Pour l’économiste, l’accord avec le FMI peut donc constituer une opportunité. Mais sa réussite dépendra avant tout de la capacité du Sénégal à transformer les engagements en actes et les réformes en résultats concrets.


