Le tribunal des flagrants délits de Dakar a rendu son verdict ce mercredi dans l’affaire opposant le créateur de contenu Papa Saliou Ciss, alias Keylor, à la Fédération nationale des boutiquiers pour la modernisation (FNBM). Reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés, le prévenu a été condamné à six mois d’emprisonnement, dont 15 jours ferme. Le tribunal a toutefois débouté la partie civile de l’ensemble de ses demandes de dommages et intérêts.
L’affaire Keylor connaît son épilogue judiciaire. Poursuivi pour collecte illicite de données à caractère personnel, atteinte à la vie privée, incitation à la discrimination ou à la haine raciale et conservation de données faisant apparaître l’origine raciale ou ethnique, Papa Saliou Ciss a été fixé sur son sort ce mercredi devant le tribunal des flagrants délits de Dakar.
Arrêté par la Sûreté urbaine de Dakar à la suite d’une plainte de la Fédération nationale des boutiquiers pour la modernisation (FNBM), puis placé sous mandat de dépôt le 23 octobre dernier, le créateur de contenu a été déclaré coupable des faits qui lui étaient reprochés. Le tribunal l’a condamné à six mois de prison, dont 15 jours ferme. En revanche, la partie civile a été déboutée de toutes ses demandes.
DES VIDÉOS À L’ORIGINE DE LA PROCÉDURE
À l’origine de cette affaire, plusieurs vidéos publiées sur TikTok dans lesquelles Keylor interpelle des commerçants étrangers sur la commercialisation de produits locaux, notamment les eaux minérales produites au Sénégal.
Dans ces séquences, le prévenu s’interroge sur l’absence de certaines marques nationales, notamment Kirène, Séo et Casamançaise, dans des boutiques. Il évoque également le sucre en morceaux de marque Canne et avance l’hypothèse d’un boycott de certains produits locaux au profit d’autres marques.
La plainte a été déposée le 27 août 2026 par El Hadji Boubacar Ba, président de la FNBM, qui affirme représenter plus de 35 500 commerçants sénégalais et étrangers. Il reproche au créateur de contenu d’avoir filmé des commerçants dans leurs boutiques et diffusé des commentaires susceptibles de porter atteinte à leur réputation et d’attiser les tensions communautaires.
KEYLOR CONTESTE LES ACCUSATIONS MAIS RECONNAÎT DES MANQUEMENTS
À la barre, Papa Saliou Ciss, menuisier âgé de 30 ans, a contesté les accusations portées contre lui. Interrogé sur les conditions dans lesquelles les vidéos ont été réalisées, il a reconnu ne pas avoir obtenu formellement le consentement des commerçants avant de les filmer, tout en soutenant que ceux-ci savaient qu’il procédait à des enregistrements.
Concernant l’utilisation du terme « doxondem » pour désigner certains commerçants, Keylor a expliqué qu’il faisait référence à une personne qui n’habite pas dans la région. Une définition que le juge n’a toutefois pas partagée.
Le prévenu a également justifié son intervention par la volonté d’alerter les autorités sur ce qu’il considère comme une situation d’anarchie dans certains secteurs du commerce. Il a notamment évoqué les difficultés d’accès au logement pour les Sénégalais, affirmant que certains bailleurs privilégieraient les locataires étrangers.
« Mon combat est de lutter pour les Sénégalais qui n’ont pas de logement », a-t-il déclaré à la barre.
Il a par ailleurs nié avoir ciblé une communauté particulière, précisant notamment : « Je n’ai pas ciblé les Peulhs du Fouta. »
LE NOM DE TAHIROU SARR ÉVOQUÉ À L’AUDIENCE
Les débats ont également pris une dimension politique avec l’évocation du député Tahirou Sarr, président du Mouvement nationaliste sénégalais / Jël Liñu Mom.
Lors de la précédente audience, le 28 octobre, Me Aboubacry Barro, avocat de la partie civile, avait demandé la comparution du parlementaire, qu’il présentait comme étant à l’origine de l’affaire. Celui-ci ne s’est finalement pas présenté au tribunal.
Interrogé sur ses activités politiques, Keylor a reconnu être sympathisant de Tahirou Sarr. Me Barro a alors suggéré que le prévenu aurait agi dans le cadre du combat politique du député contre la présence des étrangers.
Une accusation que les débats n’ont toutefois pas permis d’établir.
LA FNBM RÉCLAME 5 MILLIONS DE FCFA, LE PARQUET REQUIERT SIX MOIS DE PRISON
À l’audience, le président de la FNBM, Boubacar Ba, a estimé que les déclarations du prévenu portaient atteinte à la réputation des commerçants étrangers. Il a également affirmé que plusieurs membres étrangers de sa fédération hésitaient à s’afficher publiquement.
De son côté, Keylor a évoqué un différend personnel avec le plaignant, remontant notamment à ses alertes sur des boulangeries clandestines qui auraient été fermées par les services d’hygiène.
Constitués pour la FNBM, Mes Aboubacry Barro et Abou Allassane Diallo ont estimé que les faits étaient suffisamment établis et réclamé cinq millions de francs CFA à titre de dommages et intérêts.
Le procureur de la République a, pour sa part, requis six mois d’emprisonnement, dont trois mois ferme.
LA DÉFENSE PLAIDE LA RELAXE
Assurée par Mes Takha Cissé, Moussa Diouf et Serigne Diédhiou, la défense a sollicité, à titre principal, la relaxe de leur client et, subsidiairement, la clémence du tribunal.
Me Takha Cissé a notamment contesté la recevabilité de la constitution de partie civile de Boubacar Ba, soulevant la question de son mandat et de sa qualité à agir au nom de la fédération.
L’avocat a insisté sur la nécessité de distinguer l’action individuelle de la défense des intérêts collectifs, particulièrement dans une affaire portant sur des infractions à caractère racial ou xénophobe.
Malgré les arguments développés par la défense, le tribunal a finalement déclaré Papa Saliou Ciss, alias Keylor, coupable des faits qui lui sont reprochés et l’a condamné à six mois d’emprisonnement, dont 15 jours ferme.
La FNBM, qui réclamait cinq millions de francs CFA, a en revanche été déboutée de l’ensemble de ses demandes.



