Dire que le chef du parti né au pouvoir a trahi PASTEF, c’est une lecture que l’on peut faire de la situation. Mais à mon avis, le débat est ailleurs. Parce qu’à force de tout ramener à PASTEF, à Sonko, aux fidélités et aux querelles politiques, on risque de passer à côté de l’essentiel : le peuple sénégalais et le choix qu’il a fait en mars 2024.
Ce peuple s’est exprimé à plus de 54 % pour dire non au régime de Macky Sall et à son candidat. Ce n’était pas simplement un changement d’homme à la tête du pays. C’était un vote de rupture.
Quelques mois seulement après le changement de régime, les Sénégalais découvrent l’état réel des finances publiques. Les chiffres de la dette et du déficit avaient été largement sous-estimés. L’audit de la Cour des comptes met en évidence des emprunts contractés hors des circuits budgétaires normaux et des opérations qui n’avaient pas été correctement retracées dans les comptes publics. Après réconciliation des données, la dette de l’administration publique à fin 2023 est finalement réévaluée de 74,4 % à 129 % du PIB.
Et aujourd’hui, nous en payons les conséquences.
Les marges budgétaires de l’État sont extrêmement réduites. La dette pèse lourdement sur nos finances publiques. En 2025, les intérêts et commissions liés à la dette représentaient à eux seuls près de 25 % des recettes budgétaires. À cela viennent s’ajouter les difficultés du secteur énergétique et les milliards de francs d’arriérés que l’État doit encore apurer. Et voilà que les délestages, qu’on pensait presque appartenir au passé, refont leur apparition.
Pendant ce temps, que voyons-nous ?
Des responsables de l’ancien régime sont petit à petit recyclés dans le nouveau système. Des personnalités que les Sénégalais pensaient avoir sanctionnées dans les urnes retrouvent des positions, de l’influence ou une proximité avec le nouveau pouvoir.
Et comme si cela ne suffisait pas, le chef du parti né au pouvoir s’affiche avec Macky Sall, l’ancien président sous le régime duquel cette dette a été contractée et ces graves irrégularités dans la gestion de nos finances publiques ont été constatées.
C’est là, pour moi, que se trouve le vrai débat.
La question n’est plus de savoir qui a trahi PASTEF, qui est fidèle à Sonko ou qui ne l’est plus. Ce débat-là peut passionner les militants, mais il ne doit pas nous faire oublier une chose simple : le Sénégal est plus important que PASTEF.
La vraie question est donc celle-ci : peut-on demander au peuple sénégalais de payer les conséquences d’une gestion qu’il a sanctionnée dans les urnes, tout en recyclant politiquement ceux qui incarnaient cette même gestion ?
On demande aujourd’hui des sacrifices aux Sénégalais. On leur explique que les caisses sont presque vides, que la dette étouffe les finances publiques, que l’État n’a plus les mêmes marges, qu’il faut rationaliser les dépenses, revoir certaines subventions et accepter des décisions difficiles.
Très bien.
Mais dans le même temps, ceux que le peuple croyait avoir congédiés par les urnes reviennent progressivement par la fenêtre.
Voilà où se situe la contradiction.
Les trahisons peuvent être nombreuses en politique. On peut trahir un allié, un camarade, un parti ou une parole donnée.
Mais il y a une trahison autrement plus grave : celle faite au peuple.
Parce qu’en mars 2024, les Sénégalais n’ont pas simplement voté pour changer de président. Ils ont voté pour tourner une page.
Alors leur demander aujourd’hui de payer la facture laissée par un système qu’ils ont rejeté, tout en leur ramenant progressivement les acteurs de ce même système, ce n’est plus seulement une question de stratégie ou de calcul politique.
C’est toucher à leur choix, à leurs sacrifices et surtout à l’espoir qu’ils avaient placé dans la rupture.
Ousmane SOW
Coordonnateur JPS Medina
Responsable Finances JPS Nationale



