L’ancien président français Nicolas Sarkozy doit être entendu mercredi par la cour d’appel de Paris au sujet de deux documents rédigés par son ex-bras droit Claude Guéant. Ces écrits marquent une rupture nette entre les deux hommes dans le dossier du financement libyen présumé de la campagne présidentielle de 2007.
Depuis la mi-mars, Nicolas Sarkozy est rejugé dans cette affaire où il est soupçonné d’avoir bénéficié de fonds occultes en provenance de la Libye dirigée à l’époque par Mouammar Kadhafi, pour financer sa campagne victorieuse qui l’a conduit à l’Élysée (2007-2012).
Absent pour raisons de santé, Claude Guéant suit le procès à distance. Il a récemment réagi aux propos de l’ancien chef de l’État, qui a laissé entendre devant la cour que son ancien collaborateur, bien que compétent, aurait pu agir dans une logique d’enrichissement personnel.
Âgé de 81 ans, Claude Guéant a répondu par deux attestations datées des 11 et 26 avril. Sans accuser directement Nicolas Sarkozy, il conteste sa version des faits et met fin à leur ligne de défense commune. Il affirme notamment avoir toujours agi en exécutant les consignes de l’ancien président.
Ce procès, qui doit s’achever fin mai pour un verdict attendu en novembre, est crucial pour Nicolas Sarkozy. Déjà condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, il avait été reconnu coupable d’avoir laissé Claude Guéant et Brice Hortefeux discuter d’un financement politique illégal avec les autorités libyennes — des accusations que les trois hommes réfutent.
En contrepartie de ce soutien financier présumé, des responsables libyens auraient demandé des avantages diplomatiques, économiques, mais aussi une intervention concernant la situation judiciaire de Abdallah Senoussi, beau-frère de Mouammar Kadhafi et numéro deux du régime.
Condamné en France à la prison à vie pour son rôle dans l’attentat contre le DC-10 d’UTA en 1989 (170 morts), Abdallah Senoussi faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international. La question de son cas devrait à nouveau être au cœur des débats. Nicolas Sarkozy a-t-il demandé à Claude Guéant d’examiner cette situation lors d’un dîner officiel à Tripoli le 25 juillet 2007, en présence du dirigeant libyen ? L’ancien secrétaire général l’affirme, tandis que Nicolas Sarkozy dément catégoriquement.
Autre point sensible : une réunion tenue en Libye fin 2005, à laquelle auraient participé Thierry Herzog et Francis Szpiner, portant sur l’analyse juridique du cas Senoussi. Après avoir nié en avoir eu connaissance, Nicolas Sarkozy juge désormais ce déplacement plausible, tout en assurant qu’il n’en était pas informé. De son côté, Claude Guéant affirme que Thierry Herzog en avait parlé au président.
Selon l’accusation, cette période correspondrait au début d’un éventuel « pacte de corruption », notamment lors d’une rencontre entre Claude Guéant et Abdallah Senoussi le 1er octobre 2005.
Claude Guéant soutient également que Nicolas Sarkozy ne pouvait ignorer ses déplacements en Libye entre 2008 et 2010, effectués selon lui à sa demande dans un cadre diplomatique et commercial. L’ancien président affirme, lui, ne pas s’en souvenir précisément.
Face à ces accusations, Nicolas Sarkozy maintient sa position : aucun engagement n’aurait été pris en faveur d’Abdallah Senoussi. Claude Guéant ne contredit pas ce point, précisant qu’il savait qu’aucune issue favorable n’était envisageable, mais qu’il avait temporisé dans ses échanges avec les autorités libyennes pour préserver les relations diplomatiques.
Interrogé sur France Inter, l’avocat de Claude Guéant, Philippe Bouchez El Ghozi, a indiqué que les déclarations de Nicolas Sarkozy avaient fortement affecté son client, tant sur le plan moral que sur sa santé. Selon lui, il sera difficile pour Claude Guéant de surmonter cet épisode.
AFP


