Après la chute du régime de Bachar el-Assad le 8 décembre, l’ex-président syrien a fui en Russie, laissant place à un gouvernement de transition dirigé par Mohammad al-Bachir, ancien Premier ministre du « gouvernement du salut ». Ce dernier, issu du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), qui dirige Idleb depuis 2019, bénéficie d’une forte popularité dans cette province où vivent près de quatre millions d’habitants, dont de nombreux déplacés syriens.
À Idleb, HTS est omniprésent, avec son nom, son drapeau et celui de la révolution syrienne – marqué par les trois étoiles et le vert – affichés partout : dans les rues, sur les véhicules et même dans les commerces, comme celui de Zakaria, un habitant qui témoigne : « Depuis que HTS gouverne à Idleb, tout va beaucoup mieux. En quelques années, ils ont reconstruit tout ce qui avait été détruit, et ont créé des infrastructures de bien meilleure qualité qu’avant. Grâce à eux, nous avons de l’électricité et de l’eau courante 24 heures sur 24. »
HTS a établi un véritable « État dans l’État », avec son propre gouvernement, Premier ministre, ministères et départements locaux. Malgré les bombardements incessants du régime d’Assad et de ses alliés russes, la province a connu des transformations notables. Mustafa, un autre habitant, raconte : « Dès leur arrivée au pouvoir, j’ai senti la différence. La sécurité s’est améliorée, et la ville a retrouvé un dynamisme économique et commercial. La seule menace qui persiste, ce sont les bombardements. »
Bien que de nombreux habitants soutiennent HTS, des voix discordantes se font entendre, comme celle d’un étudiant anonyme qui critique les méthodes du groupe : « Ils arrêtaient ceux qui osaient les critiquer, les faisaient disparaître, et disaient : ‘Ne posez pas de questions à ce sujet’. Mais ils ont promis de les libérer bientôt. »
Le 12 décembre, HTS a annoncé la suspension de la Constitution et du Parlement pour instaurer un « nouvel État de droit ». Cette annonce s’inscrit dans un projet de modernisation d’Idleb, qui a su se relever après des années de destructions. La ville se distingue notamment par ses initiatives économiques, comme des centres de cryptomonnaie, et utilise désormais la livre turque, se démarquant ainsi du régime de Bachar el-Assad.
Malgré ces avancées, les habitants restent prudents. La plupart sont réticents à s’exprimer, et bien que la majorité semble soutenir HTS, certains critiquent les restrictions sur la liberté d’expression et les arrestations arbitraires. L’an passé, des manifestations ont eu lieu pour demander le départ d’Abou Mohammed al-Joulani, le chef d’HTS, mais ces revendications semblent s’être éteintes avec le temps. Aujourd’hui, les habitants d’Idleb nourrissent l’espoir que la Syrie entre enfin dans une ère démocratique, bien que les zones d’ombre sur la gouvernance de HTS persistent.



