La contre-offensive tchadienne contre Boko Haram, dirigée personnellement par le président Mahamat Idriss Déby, a été mise en cause jeudi après que des pêcheurs locaux et des milices anti-jihadistes aient signalé la mort de « dizaines » de pêcheurs au Nigeria, tués par erreur lors d’attaques ciblant des jihadistes.
Un officier de l’état-major tchadien, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a confirmé que des frappes aériennes avaient été menées dans les zones proches des frontières du Nigeria et du Niger. Selon cet officier, « les Boko Haram se mêlent souvent à la population locale, rendant difficile la distinction entre les civils et les terroristes ».
Le chef d’une milice anti-jihadiste, Babakura Kolo, a rapporté qu’un avion de chasse de l’armée tchadienne avait attaqué des pêcheurs sur l’île de Tilma, en les prenant pour des membres de Boko Haram, qui avaient récemment attaqué une base militaire tchadienne. Ce raid a causé des pertes importantes parmi les pêcheurs, qui tentaient de fuir l’attaque.
La présidence tchadienne a annoncé que l’opération, nommée « Haskanite », est « personnellement » dirigée par le président Déby, qui se trouve sur le terrain pour coordonner les efforts militaires. L’opération vise à sécuriser la région du Lac Tchad et à réduire la menace de Boko Haram, un groupe qui a causé la mort de près de 40 000 personnes et déplacé plus de deux millions depuis son émergence en 2009.
La région, caractérisée par des îlots et des marécages, constitue un terrain difficile pour les forces armées en raison de la mobilité des combattants de Boko Haram et de leur capacité à se fondre dans la population locale. En mars 2020, le groupe avait infligé de lourdes pertes à l’armée tchadienne lors d’une attaque sur une base militaire.
La situation reste complexe et précaire, alors que les opérations militaires se poursuivent face à une insurrection qui a perduré pendant plus d’une décennie.



