Au Sénégal, particulièrement à Dakar, un phénomène s’est progressivement installé dans le paysage du transport : les « War Gaïndé ». Ces chauffeurs particuliers proposent un système de covoiturage entre le centre-ville et la banlieue, mais aussi entre Dakar et les autres régions. Le principe est simple : plusieurs passagers, généralement quatre, partagent les frais d’un même trajet dans une berline, offrant ainsi davantage de confort et de rapidité qu’un transport collectif classique, pour un coût inférieur à celui d’un taxi loué individuellement. Derrière cette pratique informelle se trouve donc une véritable réponse citoyenne à une demande de mobilité que l’offre officielle peine parfois à satisfaire.
Mais voilà le paradoxe : ces transporteurs répondent à un besoin réel tout en exerçant dans l’illégalité. Ils sont régulièrement interpellés et sanctionnés par les services de sécurité routière, avec ces fameuses « attestations » pour transport irrégulier. Pourtant, plutôt que de voir uniquement en eux des clandestins, ne faudrait-il pas aussi y voir des acteurs économiques qui ont créé, de leur propre initiative, une solution au déficit de transport ? Bien entendu, régulariser ne devrait pas signifier fermer les yeux sur les règles de sécurité, l’assurance, l’état des véhicules ou les conditions de travail des chauffeurs.
L’État gagnerait peut-être davantage à organiser ce phénomène qu’à le combattre systématiquement. Un forfait mensuel ou annuel pourrait, par exemple, être institué en échange d’une autorisation officielle de transport et de stationnement, sous réserve du respect d’un cahier des charges précis. Ces chauffeurs pourraient ainsi contribuer aux recettes publiques, travailler légalement et offrir un service complémentaire aux dispositifs existants. Car lorsqu’une pratique clandestine répond durablement à un besoin collectif, la question n’est plus seulement de savoir comment l’interdire, mais surtout comment la transformer en solution légale, sûre et profitable à tous.
Cheikhouna Bamba Lô
Média 28



