Trafic sexuel, exploitation d’enfants à des fins de mendicité, soupçons de travail forcé et salons de massage servant de couverture à des activités prostitutionnelles : le rapport annuel du département d’État américain sur la traite des personnes dresse un tableau préoccupant de la situation au Sénégal.
Malgré les efforts consentis par les autorités, le pays reste classé au niveau 2, une catégorie réservée aux États qui ne satisfont pas pleinement aux normes minimales de la loi américaine de 2000 sur la protection des victimes de la traite, mais qui déploient des efforts en vue d’y parvenir.Washington reconnaît que Dakar a engagé des actions significatives, tout en jugeant celles-ci insuffisantes pour éradiquer le phénomène. Le rapport relève notamment un recul des efforts de répression ainsi que l’attente de l’examen, en Conseil des ministres, d’un projet de loi révisé consacré à la lutte contre la traite des êtres humains.
Les statistiques communiquées par les autorités sénégalaises pour 2025 illustrent cette évolution. Au cours de l’année, 23 affaires ont fait l’objet d’enquêtes, 118 personnes soupçonnées de traite ont été poursuivies et 84 condamnées. À titre de comparaison, la période précédente avait enregistré 254 poursuites et 147 condamnations, tandis que 82 suspects avaient été visés par des enquêtes dans un nombre d’affaires non précisé.Kédougou, foyer de trafic sexuel de femmes et de fillesDans la région aurifère de Kédougou, le rapport signale l’exploitation sexuelle de femmes et de filles originaires du Nigeria, du Bénin, du Burkina Faso, du Ghana, de la Guinée, de la Sierra Leone et du Mali.
Certaines victimes seraient âgées d’à peine 12 ans. Selon les enquêteurs américains, les trafiquants confisquent leurs documents d’identité et leur imposent des dettes liées aux frais de voyage, comprises entre 1,7 et 2,3 millions de francs CFA.Cette situation serait favorisée par l’insécurité qui sévit dans certaines parties de la sous-région ainsi que par la porosité des frontières, facilitant les déplacements et l’exploitation des victimes.Le document fait également état de salons de massage appartenant à des ressortissants chinois dans des zones urbaines et touristiques du pays.
Ces établissements présenteraient des indicateurs laissant soupçonner des activités de prostitution. Par ailleurs, des ressortissants nord-coréens travaillant au Sénégal pourraient être exposés à des conditions de travail abusives, avec plusieurs signes caractéristiques du travail forcé.
La mendicité forcée des enfants, une préoccupation majeureLa mendicité forcée demeure, selon le département d’État américain, la forme de traite des personnes la plus répandue au Sénégal. Le phénomène serait notamment lié au « confiage », une pratique traditionnelle consistant à confier un enfant à une autre personne ou à une famille.
Dans certains cas, ce mécanisme favoriserait l’exploitation de mineurs, notamment de jeunes filles, contraints de mendier.Malgré ces constats, le rapport relève une initiative positive : l’adoption par le Sénégal d’un nouveau Plan d’action national 2024-2028 visant à éliminer le travail des enfants, y compris ses pires formes, à l’horizon 2030.Le maintien du pays au niveau 2 souligne toutefois l’ampleur des défis qui restent à relever.
Pour Washington, les progrès engagés devront se traduire par une répression plus soutenue des réseaux de traite, une meilleure protection des victimes et des mesures plus efficaces contre l’exploitation des enfants et le travail forcé.



