Le prix Nobel de la paix 2026 a été attribué, vendredi 9 octobre, à la juriste sud-africaine Navanethem « Navi » Pillay, 85 ans, en reconnaissance de son engagement en faveur de la paix, des droits humains et du droit international.
Ancienne Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme et figure majeure de la justice pénale internationale, elle s’est notamment illustrée à la tête d’une commission d’enquête indépendante de l’ONU qui a conclu qu’Israël commettait un génocide dans la bande de Gaza.
Une prise de position particulièrement sensible dans un contexte de fortes tensions autour des mécanismes internationaux de justice.En annonçant la distinction à Oslo, le président du Comité Nobel norvégien, Jørgen Watne Frydnes, a salué le rôle déterminant de la lauréate dans la lutte contre l’impunité. Selon lui, Navi Pillay a contribué à faire en sorte que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide puissent faire l’objet de poursuites.
Le jury a également mis en avant son courage et son intégrité, estimant que le respect du droit international constitue désormais une nécessité fondamentale face à la multiplication des conflits armés et aux menaces pesant sur la paix mondiale.La réaction de la lauréate n’a pas manqué de susciter des sourires. Applaudie après l’annonce de son prix, Navi Pillay a lancé sur le ton de l’humour : « Si vous applaudissez un peu plus fort, je partagerai peut-être le prix avec Trump. »
Cette séquence a été relayée sur le réseau social X par Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, depuis Nuremberg.Une trajectoire forgée dans la lutte contre l’apartheidNée à Durban, en Afrique du Sud, dans une famille d’origine tamoule indienne, Navi Pillay a grandi sous le régime de l’apartheid, marqué par la ségrégation raciale et les discriminations institutionnalisées.
Très tôt engagée dans la défense des droits fondamentaux, elle est devenue, en 1967, la première femme à ouvrir un cabinet d’avocat dans sa province natale du Natal. Au cours de sa carrière, elle a défendu des militants anti-apartheid, dénoncé le recours à la torture et œuvré à l’amélioration des droits des détenus, notamment ceux incarcérés à Robben Island.Son parcours a pris une dimension historique après la fin de l’apartheid.
En 1995, Nelson Mandela, devenu président de l’Afrique du Sud, l’a nommée à la Cour suprême, faisant d’elle la première femme de couleur à y siéger. Mais son engagement l’a rapidement conduite au-delà des frontières nationales. Elle a rejoint le Tribunal pénal international pour le Rwanda, chargé de juger les responsables du génocide des Tutsis de 1994, avant de devenir juge à la Cour pénale internationale (CPI), où elle a exercé de 2003 à 2008.
De 2008 à 2014, Navi Pillay a occupé les fonctions de Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. À ce poste, elle s’est imposée comme l’une des voix importantes de la défense des libertés fondamentales et de la responsabilité des États face aux violations du droit international.
Son parcours témoigne d’une même ligne directrice : faire de la justice un instrument de lutte contre l’impunité, quelles que soient les responsabilités des personnes mises en cause.Une reconnaissance africaine et un symbole pour la justice mondialeAvec cette distinction, Navi Pillay rejoint le cercle des personnalités africaines récompensées pour leur contribution à la paix. L’Afrique du Sud compte déjà plusieurs lauréats emblématiques, parmi lesquels Albert Luthuli, distingué en 1960, Desmond Tutu en 1984, puis Nelson Mandela et Frederik de Klerk, récompensés conjointement en 1993 pour leur rôle dans la transition démocratique et la fin de l’apartheid.
Le Comité Nobel inscrit ainsi le parcours de la juriste sud-africaine dans une tradition de résistance à l’oppression et de défense des droits fondamentaux. Son engagement intervient à un moment où les institutions judiciaires internationales sont confrontées à des pressions politiques croissantes et à des contestations de leur légitimité.Navi Pillay poursuit aujourd’hui son travail dans le domaine de la justice internationale, notamment dans le cadre de la procédure devant la Cour internationale de justice concernant les accusations de génocide visant le Myanmar à l’encontre des Rohingyas.
Son Nobel vient ainsi consacrer plusieurs décennies d’engagement en faveur d’un principe central : aucun État ni aucun responsable ne devrait être soustrait à l’exigence de rendre des comptes devant le droit.



