L’alerte mérite d’être prise au sérieux. Deux des dernières industries sénégalaises de papeterie encore en activité, SIPEX et DISTINGO, seraient aujourd’hui menacées de disparition. Dans son édition de ce vendredi 4 septembre, Source A tire la sonnette d’alarme : le marché national est largement alimenté par des cahiers importés, notamment par des opérateurs sénégalais, mais aussi par des commerçants étrangers. Une situation qui pose une question fondamentale : comment un pays qui aspire à renforcer sa production locale peut-il laisser ses propres industries se battre à armes inégales sur leur marché intérieur ?
Le problème devient encore plus préoccupant lorsque des institutions publiques participent elles-mêmes à cette dynamique. Toujours selon Source A, le ministère de l’Éducation et certaines collectivités territoriales privilégieraient parfois des cahiers importés, alors même que la production locale serait proposée à des prix comparables. Si tel est le cas, il ne s’agit plus simplement d’une question commerciale : c’est un véritable problème de politique industrielle et de cohérence dans la commande publique. Chaque cahier acheté à l’étranger, lorsqu’un produit local équivalent existe, représente potentiellement une opportunité de production, d’emploi et de création de richesse qui échappe à l’économie nationale.
Pourtant, le Sénégal a déjà expérimenté des mécanismes de protection de cette filière. Source A rappelle que sous le régime d’Abdoulaye Wade, des droits de douane élevés avaient été appliqués afin de protéger l’industrie papetière nationale de la concurrence extérieure. Aujourd’hui, la question n’est pas forcément de reproduire les mêmes mesures, mais de savoir quelle stratégie l’État veut réellement adopter pour sauver et développer ce qui reste de notre industrie. Protection intelligente, préférence nationale dans les marchés publics, contrôle des importations, accompagnement à la modernisation et amélioration de la compétitivité : les leviers existent.
Car laisser disparaître SIPEX et DISTINGO ne serait pas seulement perdre deux entreprises. Ce serait accepter que même les cahiers dans lesquels nos enfants écrivent leur avenir soient fabriqués ailleurs. La souveraineté économique ne peut pas être uniquement un discours : elle doit aussi se mesurer à notre capacité à produire, acheter et consommer sénégalais lorsque nous en avons les moyens.
Cheikhouna Bamba Lô
Média 28



