Le 1er décembre 2024, le Sénégal commémore le 80ᵉ anniversaire d’un des pires crimes coloniaux de son histoire : le massacre de Thiaroye. Ce jour-là, en 1944, l’armée française ouvrait le feu sur ses propres soldats, des tirailleurs africains, qui exigeaient le paiement de leur solde. Quatre-vingts ans après cet acte tragique, de nombreuses zones d’ombre persistent, notamment concernant le nombre exact de victimes et les circonstances des faits. Toutefois, les autorités sénégalaises, récemment arrivées au pouvoir en avril 2024, souhaitent inscrire cet événement dans la mémoire collective du pays.
Depuis une dizaine de jours, des affiches portant des silhouettes de tirailleurs en ombres chinoises annoncent les commémorations prévues ce dimanche 1er décembre, un signe de l’engagement profond des autorités sénégalaises pour réhabiliter cette tragédie dans la mémoire nationale. Selon l’historien Mamadou Diouf, président du comité d’organisation des commémorations, « la décision de commémorer est un acte politique », un geste de souveraineté permettant au Sénégal de se réapproprier une page douloureuse de son histoire, après 80 ans d’oubli entretenu par la France.
La reconnaissance par Emmanuel Macron du massacre de Thiaroye est un premier pas important, mais jugé insuffisant par les autorités sénégalaises. Le gouvernement réclame toujours des clarifications sur le nombre de morts, officiellement estimé à 35, alors que certains historiens évoquent un chiffre de 300 à 400 victimes. Pour faire toute la lumière sur cet événement, le Sénégal a constitué un comité d’historiens et d’archivistes nationaux chargé d’examiner les archives disponibles. Ce groupe aura pour mission de clarifier le nombre exact de morts et de retracer les circonstances du massacre. Un rapport détaillé devrait être présenté en mars 2025.
La commémoration de ce dimanche revêt une grande importance, mais elle se déroulera sans la présence du président français Emmanuel Macron, qui sera représenté par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Le sommet des dirigeants de l’Alliance des États du Sahel se tiendra également sans leurs présidents, bien que les Premiers ministres du Mali, du Niger et du Burkina Faso, dont les citoyens faisaient partie des tirailleurs tués à Thiaroye, soient attendus. En revanche, les présidents de la Mauritanie, Mohamed Ould El Ghazouani, de la Gambie, Adama Barrow, et de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, seront présents pour rendre hommage aux victimes.
Ainsi, cette journée symbolique s’inscrit dans une dynamique de vérité, de justice et de réconciliation, un combat encore en cours pour les descendants des tirailleurs et pour l’ensemble de la mémoire collective sénégalaise.



