Objet : Encadrement des fonds politiques, spéciaux et secrets
Monsieur le Président de la République,
Je me permets de vous adresser cette lettre ouverte en ma qualité d’ancien député, mais surtout en tant que citoyen profondément préoccupé par la situation économique et sociale difficile que traverse notre pays.
Le Sénégal fait face à d’importantes contraintes financières et budgétaires, alors que nos concitoyens souffrent de la cherté de la vie, du chômage, de la précarité et de la dégradation de leurs conditions d’existence. Cette situation, dont la gravité a été publiquement reconnue par Monsieur le Premier Ministre, appelle des mesures courageuses, responsables et conformes aux exigences de transparence et de bonne gouvernance.
C’est pourquoi je vous prie respectueusement à engager et à soutenir la révision des textes organiques relatifs aux fonds politiques, aux fonds spéciaux et aux fonds dits secrets, afin de mieux encadrer leur création, leur affectation, leur gestion et leur contrôle.
Il ne s’agit nullement de remettre en cause les prérogatives constitutionnelles de l’État ni les impératifs liés à la défense nationale, à la sécurité ou à la protection de certains intérêts stratégiques. Il s’agit plutôt de garantir que toute dépense publique soit fondée sur des règles claires, justifiée par l’intérêt général et soumise à des mécanismes appropriés de contrôle, dans le respect des impératifs de confidentialité lorsqu’ils sont légalement nécessaires.
À cet égard, une réforme pourrait notamment prévoir :
- Une définition précise de la nature et de la finalité de chaque catégorie de fonds ;
- L’inscription budgétaire transparente des crédits concernés ;
- La fixation de plafonds et de règles d’utilisation clairement établis ;
- La tenue de documents justificatifs appropriés, y compris sous régime confidentiel lorsque cela s’impose ;
- La présentation de rapports périodiques aux institutions compétentes ; La mise en place d’un contrôle parlementaire et juridictionnel adapté ;
- La protection des informations relevant effectivement de la sécurité nationale ;
- La publication de données agrégées permettant aux citoyens de connaître l’emploi global des ressources publiques.
Une telle réforme serait pleinement conforme à l’esprit du Code de transparence dans la gestion des finances publiques et aux principes de responsabilité, de sincérité budgétaire, de traçabilité et de reddition des comptes.
Monsieur le Président de la République,
Votre élection a été portée par une forte aspiration populaire au changement, à la justice, à la rupture avec les pratiques de gestion opaque et à la restauration de la confiance entre les citoyens et les institutions. Dans ce contexte, l’encadrement des fonds politiques, spéciaux et secrets constituerait un signal politique et institutionnel majeur.
Le peuple sénégalais ne demande pas seulement des sacrifices. Il attend également que les efforts soient équitablement répartis, que les ressources publiques soient protégées et que chaque franc mobilisé au nom de l’État puisse être rattaché à une finalité d’intérêt général.
Je vous prie solennellement à accepter l’ouverture d’un débat parlementaire sur la révision des lois organiques et des textes applicables en la matière. Ce débat pourrait permettre à l’assemblée nationale, la Cour des comptes, les organes de contrôle de mieux exercer leurs missions régaliennes.
Cette réforme ne devrait être dirigée contre aucune personne ni contre aucune institution. Elle devrait être conçue exclusivement dans l’intérêt du peuple sénégalais, qui traverse une période particulièrement éprouvante et qui est en droit d’exiger une gestion rigoureuse, transparente et responsable des deniers publics.
En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien accorder à cette contribution citoyenne, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.
Dakar, le 22 septembre 2026
Sanou Dione
Ancien député des 10e et 14e législatures



