Le Sénégal ne pourra revendiquer une véritable souveraineté tant qu’il dépendra de l’extérieur pour nourrir sa population. L’indépendance alimentaire ne se décrète pas, elle se cultive. Elle se mesure à la capacité de nos terres à approvisionner durablement nos marchés et à satisfaire les besoins des consommateurs tout au long de l’année, ou presque. Une nation qui produit ce qu’elle consomme se protège des soubresauts des marchés internationaux, valorise son agriculture et consolide les fondements de son développement.
Mais cette ambition exige plus que des discours. Elle appelle une politique agricole audacieuse, fondée sur un accompagnement constant des producteurs : accès facilité aux intrants, maîtrise de l’eau, mécanisation, stockage, transformation et financement. Produire en quantité ne suffit plus ; il faut produire avec qualité, régularité et, à terme, faire de la culture en toutes saisons une réalité. C’est à ce prix que l’agriculture sénégalaise cessera d’être une agriculture de survie pour devenir un véritable levier de souveraineté.
Toutefois, la souveraineté alimentaire ne repose pas uniquement sur les épaules des agriculteurs ou de l’État. Elle commence aussi dans le panier de la ménagère, sur les étals des marchés et dans les choix quotidiens des consommateurs. Il est temps d’accorder nos habitudes alimentaires aux richesses de notre terroir, de privilégier ce que notre sol produit et d’accepter que nos saisons dictent, en partie, notre alimentation. Car une nation qui tourne le dos à ses propres récoltes finance la prospérité des autres, tandis que celle qui consomme local sème les graines de son indépendance.
Cheikhouna Bamba Lô
Média 28



