Depuis 2005, les inondations récurrentes à Dakar révèlent les limites d’un développement urbain qui ne tient pas toujours suffisamment compte du relief, des zones humides et des écoulements d’eaux pluviales naturels. Le 15 août 2025, 77,2 mm de pluie ont notamment été enregistrés à la station de Grand-Yoff. Ces épisodes rappellent que le pompage, à lui seul, ne peut constituer une réponse durable aux problèmes d’inondations.
La Zone de Captage illustre cet enjeu : elle constitue un exutoire important du bassin versant de Grand-Yoff, recevant les eaux de plusieurs quartiers avant leur évacuation vers la baie de Hann. Il ne s’agit donc pas simplement d’une zone basse, mais d’un espace jouant un rôle essentiel dans le fonctionnement hydraulique du territoire. Toute urbanisation qui compromet les capacités de rétention ou d’écoulement doit être examinée avec une vigilance particulière des services de l’état.
Comment construire avec l’eau, et non contre elle ?
Les projets immobiliers doivent intégrer dès leur conception les études topographiques, géotechniques et hydrologiques. Selon les résultats, nous avons une obligation légale de préserver les voies naturelles d’écoulement, limiter l’imperméabilisation des sols, prévoir des bassins de rétention adaptés à la zone et à la population et dimensionner les réseaux pluviaux en tenant compte de la densification future et ne pas retomber sur la négligence connue des parcelles assainies.
L’assainissement doit être pensé avec les logements, les voiries et les équipements, et non ajouté en fin de chantier, sous prétexte d’urgence de programme de relogement, qui reste mû dans le futur.
Chaque opération doit associer dès le départ le maître d’ouvrage, le maître d’œuvre, les bureaux d’études, les entreprises spécialisées, les collectivités et les services compétents, notamment l’ONAS pour les questions relevant de ses missions. Il faut également prévoir l’entretien des ouvrages et identifier clairement qui en assurera le financement et la gestion, avec un cahier de charges bien définis pour les sous traitants, qui aujourd’hui ne sont inquiets de leurs responsabilités.
Le foncier public peut faciliter cette approche, en permettant de planifier ensemble les logements et les infrastructures. Des coopératives d’habitat durables, associant habitants, professionnels et pouvoirs publics, pourraient mutualiser les études, les achats, certains équipements et leur maintenance dans le temps.
L’enjeu n’est plus seulement de construire davantage, mais de bâtir des quartiers adaptés à leur environnement et capables de fonctionner durablement.
Face aux inondations, la solution doit associer ingénierie, aménagement et gestion collective. Bâtir ensemble, c’est aussi entretenir ensemble et anticiper pour les générations futures.
Ibrahima NDOYE
Juriste immobilier
Manager de l’habitat social et durable



