Le développement du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) continue de susciter des inquiétudes chez les pêcheurs de la Langue de Barbarie, à Saint-Louis. Réunis à Dakar lors du 5ᵉ Forum africain sur les entreprises et les droits de l’homme, plusieurs acteurs de la pêche artisanale ont dénoncé les conséquences qu’ils attribuent aux restrictions autour de leur zone de pêche traditionnelle de Diattara.
« Libérer Diattara »
Au cours du forum, les pêcheurs ont répété leur principale revendication : retrouver l’accès à Diattara, un récif qu’ils présentent comme un espace essentiel à la pêche artisanale dans le nord du Sénégal.
El Hadj Dousse Fall, président des pêcheurs artisanaux à la ligne de Saint-Louis, affirme que cette zone constituait depuis plusieurs générations une importante source de revenus pour les familles de la Langue de Barbarie.
Selon lui, l’installation du projet gazier a considérablement réduit l’espace accessible aux pêcheurs, notamment en raison des restrictions de sécurité établies autour des installations.
Des revenus en baisse
Les acteurs de la pêche estiment que les restrictions ont des répercussions sur l’ensemble de la chaîne économique liée à la mer. Pêcheurs, mareyeurs, porteurs, transformatrices et vendeuses dépendent directement ou indirectement de cette activité.
El Hadj Dousse Fall évoque plusieurs centaines de pirogues qui fréquentaient auparavant la zone. La diminution des possibilités de pêche affecterait ainsi les revenus de nombreuses familles.
Certains pêcheurs seraient également confrontés à une situation économique qui nourrit la tentation de l’émigration irrégulière vers l’Europe.
Des accusations concernant les contrôles
Les pêcheurs dénoncent également les conditions dans lesquelles se dérouleraient certains contrôles aux abords de la zone de sécurité du champ gazier.
El Hadj Dousse Fall accuse notamment des éléments chargés de la surveillance de la zone de saisir des pirogues et de maltraiter certains pêcheurs. Ces accusations, formulées publiquement lors du forum, appellent à des clarifications des autorités compétentes.
Les représentants des pêcheurs demandent par ailleurs à l’État d’examiner les conséquences du projet sur leurs activités et les éventuelles mesures de réparation ou d’indemnisation.
Une campagne de plaidoyer
L’ONG Synergie et Développement (SynDev) a, de son côté, engagé une campagne de plaidoyer en faveur des communautés de la Langue de Barbarie.
Son directeur exécutif, Aly Sagne, estime que les populations concernées doivent pouvoir obtenir une réponse aux préjudices qu’elles disent subir depuis le développement du projet gazier.
L’organisation s’appuie notamment sur les principes internationaux relatifs aux entreprises et aux droits humains, qui mettent en avant la protection des populations, le respect des droits humains par les entreprises et l’accès à des mécanismes de réparation en cas de préjudice.
Entre exploitation gazière et pêche artisanale
Pour les pêcheurs, la question n’est pas de rejeter le développement de l’industrie gazière, mais de trouver un équilibre entre l’exploitation des ressources et la préservation de leurs moyens de subsistance.
À travers leur mobilisation à Dakar, ils demandent ainsi que les impacts du projet GTA sur leurs activités soient pris en compte et que des réponses concrètes soient apportées aux communautés concernées.



