La polémique autour des fonds attribués à la Primature se poursuit. Dans une tribune publiée ce jeudi 13 août 2026, Souleymane Jules Diop, ancien ministre et ancien conseiller à la Primature, apporte son soutien à Aly Ngouille Ndiaye et tente de clarifier la nature des différentes ressources financières dont ont pu bénéficier les Premiers ministres.
Selon lui, Aly Ngouille Ndiaye n’a jamais affirmé que les chefs de gouvernement ne disposaient d’aucune ressource spéciale. Il aurait plutôt souligné qu’ils ne bénéficiaient pas, de droit, de « fonds politiques ». Une distinction que Souleymane Jules Diop juge essentielle dans le débat actuel.
« Aucun Premier ministre n’a jamais disposé, de droit, de fonds politiques », soutient-il. Il estime ainsi que si Ousmane Sonko affirme avoir bénéficié de tels fonds dans le cadre de ses fonctions, il serait alors le premier Premier ministre à en disposer légalement.
Des ressources aux régimes différents
L’ancien ministre évoque notamment l’existence, à la Primature, d’un fonds « Aide et secours », fonctionnant sous la forme d’une caisse d’avance. Selon lui, ce dispositif est soumis à des règles de gestion et à des contrôles a posteriori portant notamment sur la nature des dépenses, leur conformité et le respect des plafonds.
Il distingue cette catégorie des « fonds de sécurité », qui auraient obéi à un régime différent. D’après son récit, une partie des fonds de sécurité du président Abdoulaye Wade avait été transférée à la Primature après son arrivée au pouvoir en 2000. Ces ressources auraient notamment servi à des opérations liées à la sécurité nationale en Casamance, en Gambie et en Guinée-Bissau.
Souleymane Jules Diop affirme que ces fonds étaient gérés de manière discrétionnaire et ne relevaient pas des mêmes mécanismes de contrôle que les caisses d’avance. Il rejette également leur assimilation aux « transferts en capital », estimant qu’il s’agit de catégories budgétaires distinctes.
Un témoignage tiré de son expérience
Pour étayer son analyse, l’ancien conseiller à la Primature s’appuie sur son expérience personnelle. Il rappelle avoir travaillé auprès d’Idrissa Seck au début des années 2000, alors Premier ministre.
Selon son témoignage, Abdoulaye Wade avait confié à son chef de gouvernement la gestion d’une partie de ses fonds politiques. Une agente de la BCEAO aurait même été sollicitée pour administrer ces ressources, avec une comptabilité qualifiée par Souleymane Jules Diop d’« informelle, mais rigoureuse ».
Il affirme que cette pratique aurait perduré avec Macky Sall et Souleymane Ndéné Ndiaye, avant d’évoluer par la suite. Il avance également que certains Premiers ministres auraient pu disposer, sous la présidence de Macky Sall, de montants pouvant atteindre environ 50 millions de francs CFA, selon leurs relations avec le chef de l’État.
« Aly Ngouille Ndiaye est dans le vrai »
Au terme de sa tribune, Souleymane Jules Diop réaffirme donc son soutien à l’ancien ministre de l’Intérieur. Pour lui, la controverse actuelle repose principalement sur une confusion entre plusieurs catégories de ressources.
« Il ressort de ce qui précède, comme l’a affirmé Aly Ngouille Ndiaye, qu’un Premier ministre n’a jamais eu droit à des fonds politiques stricto sensu », écrit-il.
Cette prise de position intervient alors que la question des fonds politiques s’est invitée dans le débat à l’Assemblée nationale. L’ancien ministre estime que seuls le président de la République et le président de l’Assemblée nationale disposent légalement de fonds politiques au Sénégal.
Une affirmation qui devra toutefois être confrontée aux textes budgétaires et juridiques en vigueur. Au-delà de la polémique, le débat porte désormais sur la nature exacte des ressources mises à la disposition des Premiers ministres, leur origine, leur régime de gestion et les mécanismes de contrôle auxquels elles sont soumises.



