Un groupe de créanciers privés détenant environ 1 280 milliards de FCFA d’eurobonds sénégalais a mis en garde contre une réduction du principal de la dette, selon une analyse publiée par le Dr Babo Aamdou Ba. Cette position pourrait peser sur le calendrier des négociations engagées par l’État avec ses créanciers.
Les négociations autour de la dette du Sénégal se compliquent-elles davantage ? Dans une publication consacrée au dossier, le Dr Babo Aamdou Ba évoque une première « ligne rouge » posée par un groupe d’investisseurs privés détenant environ 1 280 milliards de FCFA d’eurobonds sénégalais, sur un encours total estimé à 3 026 milliards de FCFA.
Selon cette analyse, le groupe, qui représenterait environ 42,3 % de l’encours obligataire international, a averti le gouvernement sénégalais qu’une réduction du principal, communément appelée HAICUT ou décote, pourrait retarder les négociations. Les créanciers auraient par ailleurs mandaté le cabinet Alvarez & Marsal comme conseiller financier.
Le HAICUT, point de friction majeur
Pour le Dr Babo Aamdou Ba, cette position constitue un signal important après la réunion générale du 6 octobre. Une réduction du principal reviendrait à diminuer la valeur nominale de la dette détenue par les investisseurs privés.
« HAICUT – Décote : LIGNE ROUGE des créanciers privés », écrit-il, estimant que cette opposition pourrait compliquer la recherche d’un accord avec les détenteurs d’eurobonds.
L’enjeu est particulièrement sensible pour le Sénégal, engagé dans un processus de restructuration et de réaménagement de sa dette alors que les autorités cherchent à rétablir les équilibres budgétaires et à sécuriser le financement extérieur.
Vers un réaménagement plutôt qu’une réduction du principal ?
Selon l’analyse du Dr Babo Aamdou Ba, trois conséquences pourraient découler de cette position des créanciers.
La première serait un possible retard de l’accord de principe attendu dans les négociations. La deuxième concernerait les assurances de financement nécessaires à l’approbation et au décaissement du programme de 2,2 milliards de dollars. Enfin, le refus d’un HAICUT pourrait favoriser d’autres options de restructuration : allongement des maturités, période de grâce ou réduction des coupons.
Autrement dit, la bataille pourrait moins porter sur l’existence d’un réaménagement de la dette que sur la répartition de son coût entre l’État et les créanciers.
« Les fonds vautour font le guet »
Dans sa publication, le Dr Babo Aamdou Ba conclut sur une formule particulièrement alarmiste : « Les fonds vautour font le GUET. »
Cette expression renvoie aux investisseurs spécialisés dans l’acquisition de créances décotées et susceptibles de chercher à maximiser leur rendement dans le cadre de restructurations de dette souveraine. Elle traduit ici son inquiétude face au rapport de force qui se dessine autour de la dette extérieure sénégalaise.
Le dossier reste donc suspendu à un équilibre délicat : pour Dakar, obtenir un réaménagement suffisamment important pour restaurer la soutenabilité de la dette ; pour les créanciers privés, préserver autant que possible la valeur de leurs titres. Le prochain round des négociations permettra de mesurer jusqu’où chaque partie est prête à aller.




