Associée auparavant à une crise d’adolescence, il est aujourd’hui constaté que les jeunes s’adonnent à une communication agressive, allant jusqu’à en faire une tendance à adopter pour s’intégrer.
Dans les écoles, dans les rues, à la maison, mais surtout sur les réseaux sociaux, où cela est encore plus récurrent, les jeunes communiquent sans complexe avec une agressivité inquiétante. Entre l’emploi de termes choquants, heurtant la sensibilité de toute personne responsable, l’empressement à se moquer de son prochain et le recours inconscient aux insultes et injures, la jeunesse a instauré, et cela avec une société spectatrice et complice, un échange verbal qui fait totalement abstraction des principes disciplinaires de la discussion. Comment en sommes-nous arrivés là ?
Étant le premier cadre auquel l’enfant est confronté, la famille est en amont identifiée comme inspiratrice de cette forme d’expression insolite. En effet, lorsque le jeune grandit dans un environnement familial où les cris, les insultes et le dénigrement font office d’éducation, il se retrouve imprégné de cette forme de communication, devenue légitime à ses yeux. Il faut également associer à cette transmission passive l’abandon des jeunes à eux-mêmes. La jeunesse baigne dans une mer de libertinage, sans aucune maîtrise des limites liées à la sensibilité de son interlocuteur, et dont l’unique guide devient les réseaux sociaux, assemblage anarchique où la prise de parole s’offre à tous, où aucun discours ne choque, et où la société demeure insensible au phénomène.
Cette dernière constitue par ailleurs un facteur aggravant. La société, complice, reste spectatrice et totalement inactive face à l’agressivité verbale de sa jeunesse. À l’écoute d’insultes ou de propos déplacés, plus personne ne semble s’indigner ; cela devient même divertissant pour certains, qui en font une chose hilarante en se mobilisant sur la toile derrière les précurseurs d’insultes, en leur apportant leur soutien par des « likes » et des abonnements sur leurs plateformes digitales. La société banalise et normalise ainsi cette situation et ne semble pas en mesurer les répercussions, alors même qu’elle en sera frappée de plein fouet.
L’impact de ce fléau peut être étudié sous plusieurs aspects.
D’abord, il peut engendrer des séquelles psychologiques auprès des victimes de cette forme de violence. C’est ainsi que beaucoup de jeunes perdent confiance en eux à la suite des humiliations infligées par leurs contemporains, ou vivent dans la psychose de devoir intégrer le groupe auquel ils appartiennent pourtant en principe, que ce soit pour s’instruire ou se divertir.
Ensuite, les conséquences se ressentent en milieu éducatif, car une telle attitude crée une situation de division entre les apprenants : d’un côté les plus forts et les plus violents, et de l’autre les victimes, considérées comme faibles. Il devient alors difficile, voire impossible, de cultiver un climat de cohésion, de fraternité et de convivialité, indispensable à l’apprentissage.
Enfin, dans la vie quotidienne en général et dans la famille en particulier, la violence verbale pourrait fortement déboucher sur la violence physique, amenant les concernés à ne plus se limiter à la parole pour blesser inconsciemment, mais à en venir aux mains pour matérialiser une haine gratuite qui, jusque-là, se limitait au verbe.
Il convient dès lors, en toute urgence, de remédier à ce mal qui semble passer inaperçu tout en ne l’étant pas réellement. Dans l’immédiat, il faudrait revenir aux fondements de l’éducation, qui consistent à apprendre à l’enfant, dès son plus jeune âge, une expression respectueuse envers tous ses congénères, qu’ils soient de son âge ou plus âgés que lui, car les aînés eux aussi ne sont pas épargnés. En outre, la société doit être préparée au rejet systématique de toute allocution à caractère agressif, quelle qu’en soit la provenance.
Par Cheikhouna Bamba Lô
Média 28



