Les bureaux de vote pour la présidentielle et les législatives ont ouvert ce lundi au Rwanda, où le président sortant Paul Kagame semble promis à une nouvelle victoire. À la tête du pays depuis la fin du génocide des Tutsi en 1994, Kagame et son parti, le Front patriotique rwandais (FPR), s’apprêtent à affronter une fois de plus les urnes.
Un scrutin pour neuf millions de votants
Près de neuf millions de Rwandais sont appelés à voter dans 2.433 bureaux, ouverts dès 07H00 (05H00 GMT) et fermant à 15H00 (13H00 GMT). Le dépouillement des voix commencera immédiatement après la clôture des bureaux, avec des résultats partiels attendus tout au long de la journée. Les résultats provisoires devraient être annoncés le 20 juillet, tandis que les résultats définitifs seront proclamés le 27 juillet.
Le schéma électoral semble familier : les mêmes trois candidats se retrouvent face à face qu’en 2017, où Kagame avait remporté 98,79% des voix. Les autres candidats, Frank Habineza, leader du seul parti d’opposition autorisé, et l’indépendant Philippe Mpayimana, avaient obtenu respectivement 0,48% et 0,73%.
Une participation encourageante
Dans la capitale Kigali, Janvier Munyamundu, 42 ans, était déjà présent devant son bureau de vote à 2 heures du matin. « Je suis très heureux d’avoir voté, » a-t-il déclaré, exprimant son espoir pour le candidat qu’il a choisi. De son côté, Gatangaza Bwiza Nelly, 21 ans, vote pour la première fois et attendait ce moment avec impatience. Elle estime que les résultats seront semblables à ceux des élections précédentes.
Paul Kagame : un leader contesté mais populaire
Âgé de 66 ans, Paul Kagame est en poste depuis 2000. Sa longévité au pouvoir est souvent attribuée à sa capacité à reconstruire un pays dévasté par le génocide, faisant de lui une figure respectée tant en Afrique qu’à l’international. La croissance économique du Rwanda, avec une moyenne de 7,2% entre 2012 et 2022, et les avancées en matière d’infrastructures et de services sociaux, renforcent son image de leader efficace.
Cependant, son régime est également critiqué pour son traitement de l’opposition. La candidature de Diane Rwigara, une voix anti-Kagame, a été invalidée pour des raisons administratives, tandis que d’autres figures de l’opposition comme Victoire Ingabire et Bernard Ntaganda ont été empêchées de se présenter en raison de condamnations antérieures. Amnesty International a dénoncé les « sévères restrictions » aux droits des opposants, incluant des menaces et des détentions arbitraires.
Une campagne électorale déséquilibrée
La campagne électorale, qui a duré trois semaines, a été largement dominée par Kagame et le FPR, dont les affiches sont omniprésentes. Les candidats rivaux ont eu une visibilité très limitée, bien que Habineza ait noté une ambiance plus calme qu’en 2017. Mpayimana a admis qu’il faisait face à un adversaire « trop fort ».
Avec une population de 65% de moins de 30 ans, beaucoup de Rwandais n’ont connu que Kagame comme président, ce qui façonne leur perception du leadership.
Législatives synchronisées
Cette élection est particulière car la présidentielle est couplée aux législatives. Un total de 589 candidats se disputent les 80 sièges de la Chambre des députés. Actuellement, le FPR détient 40 des 53 sièges à élire directement, avec le soutien de ses alliés.
Les 27 autres sièges sont réservés aux femmes, jeunes et personnes handicapées, élus par des conseillers municipaux et régionaux. Ce processus vise à garantir une représentation équitable au sein du parlement.
Le scrutin rwandais de 2024 s’annonce donc comme un événement décisif, bien que son issue semble d’ores et déjà prévisible.



