L’Université Iba Der Thiam (UIDT) de Thiès traverse une période de fortes tensions institutionnelles. La section locale du Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (SAES) accuse l’administration de prendre des décisions qu’elle juge illégales. Elle exige davantage de transparence dans la gestion de l’établissement et menace de conditionner la reprise normale des enseignements au règlement des différends.
Lors d’une conférence de presse consacrée à la situation de l’université et à la présentation de son cahier de revendications, le syndicat a vivement critiqué la gouvernance du recteur, le professeur Mamadou Babacar Ndiaye.
Le SAES-UIDT dénonce notamment des décisions unilatérales soumises directement au Conseil d’administration. Selon ses représentants, cette méthode de gestion a profondément affecté le dialogue social au sein de l’établissement.
« Il ne peut pas y avoir d’enseignement tant que la question de la transparence n’est pas réglée », a averti la section locale.
Des interrogations sur les ressources financières
Au cœur des revendications figurent également des préoccupations liées à la gestion des postes budgétaires et des ressources financières.
Le syndicat rappelle que le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) avait accordé 50 postes à l’UIDT. À cela s’ajoutaient 29 postes après le détachement de l’École nationale supérieure d’agriculture (ENSA), portant le potentiel à 79 postes.
Le SAES s’interroge sur la situation de ces postes et sur les ressources financières qui leur sont associées. Il déplore notamment que certains enseignants n’aient toujours pas rejoint leurs postes jusqu’au mois d’octobre.
Sur le plan matériel, les enseignants-chercheurs dénoncent également des conditions de travail difficiles. Ils évoquent le manque de bureaux, l’insuffisance des infrastructures pédagogiques et des investissements qu’ils jugent inadaptés aux besoins prioritaires de l’université.
Le SAES réclame des audits et interpelle le ministre
Pour faire la lumière sur ces questions, le syndicat exige un audit approfondi des ressources financières de l’établissement. Ses revendications portent notamment sur les fonds laissés par l’ENSA et la gestion du Domaine agricole communautaire (DAC).
Le SAES affirme que les montants concernés ne seraient pas clairement rattachés aux comptes de l’université. Il estime également que le recteur n’est plus un interlocuteur crédible pour résoudre la crise.
Face à cette situation, le syndicat interpelle le ministre de l’Enseignement supérieur et lui demande de prendre ses responsabilités.
Le recteur rejette les accusations
Face aux critiques, le professeur Mamadou Babacar Ndiaye a rejeté les accusations visant sa gestion. Il s’est notamment appuyé sur les textes réglementaires pour justifier la procédure de recrutement des responsables de filière.
Il rappelle que le décret n° 2021-1504 du 16 novembre 2021, portant organisation et fonctionnement de l’UIDT, précise en son article 52 les modalités de désignation de ces responsables.
Selon le recteur, leur nomination relève des établissements concernés, sur proposition du département et après avis du conseil d’établissement.
Il affirme ainsi ne disposer d’aucun pouvoir pour négocier leurs contrats ou leurs rémunérations. Il estime que toute intervention de sa part dans cette procédure serait contraire aux dispositions réglementaires.
Concernant le Domaine agricole communautaire, le recteur assure que les recettes générées ont été régulièrement reversées dans les caisses de l’université.
Il précise que seul le comptable public est habilité à gérer les ressources financières de l’établissement, aussi bien en recettes qu’en dépenses. Il affirme également que les versements peuvent être vérifiés à travers les documents comptables et les lignes budgétaires.
Pour Mamadou Babacar Ndiaye, les accusations relatives à la disparition ou à la mauvaise affectation des fonds traduisent une méconnaissance des règles de la comptabilité publique.
Entre exigences d’audits, contestations de la gouvernance et démentis de l’administration, la crise à l’Université Iba Der Thiam met désormais à l’épreuve le dialogue entre les autorités universitaires et les enseignants-chercheurs.



