Depuis plusieurs semaines, les coupures d’électricité ont fait leur retour dans le quotidien de nombreux Sénégalais. Et en cette période de fortes chaleurs, la panne de courant n’est plus un simple désagrément : elle devient une véritable épreuve. Dans certains quartiers, les nuits sont longues, étouffantes, parfois presque impossibles à supporter sans ventilateur ni climatiseur. À Khar Yalla, l’APS a notamment rapporté des ménages privés de sommeil et des commerces obligés de recourir à des solutions de secours. Derrière chaque coupure, il y a donc un parent qui ne dort pas, un enfant qui peine à se reposer, un travailleur qui arrive fatigué au bureau, un commerçant qui voit son activité perturbée et une famille qui redoute de retrouver ses appareils endommagés par les variations de tension.
La Senelec a fourni des explications. Selon son directeur général, Pape Toby Gaye, les perturbations résultent notamment de l’indisponibilité de certains moyens de production, de difficultés liées au combustible et à la trésorerie, avec notamment une panne affectant Karpowership et une turbine de la centrale de Cap des Biches. La société évoque également une demande supérieure aux prévisions dans un contexte de forte chaleur. Senelec avait par ailleurs alerté, dès avril, sur des actes de sabotage visant certains postes électriques. Ces éléments doivent évidemment être pris au sérieux. Mais pour le consommateur qui se retrouve plongé dans l’obscurité, ils ne répondent pas à toutes les interrogations. Comment expliquer que plusieurs facteurs puissent se conjuguer sans qu’une réponse d’urgence suffisamment visible et efficace ne soit apportée ? Et surtout, comment demander aux populations de supporter indéfiniment les conséquences de dysfonctionnements dont elles ne maîtrisent ni les causes ni la durée ?
À cette détresse s’ajoute une autre frustration : celle liée au coût de l’électricité. De nombreux utilisateurs de Woyofal disent avoir le sentiment que leurs recharges s’épuisent trop rapidement et que la facture énergétique pèse de plus en plus lourd sur les ménages. La question mérite d’être traitée avec des données précises et transparentes plutôt qu’avec de simples démentis. D’autant que le gouvernement lui-même reconnaît que le coût de l’électricité constitue un enjeu de pouvoir d’achat et affiche l’objectif d’une baisse de près de 30 % à l’horizon 2030. Et il existe déjà des interrogations techniques sur le système Woyofal : en 2025, le ministre chargé de l’Énergie avait évoqué la vétusté de certains compteurs comme pouvant affecter la qualité du mesurage de la consommation.
Le problème, finalement, dépasse la seule Senelec. L’électricité est devenue une condition essentielle de la vie économique, sociale et familiale. Quand elle disparaît pendant plusieurs heures, ce sont les travailleurs, les élèves, les artisans, les commerçants, les malades et les ménages qui en paient immédiatement le prix. Les Sénégalais n’attendent pas nécessairement qu’on leur promette que tout ira mieux : ils ont besoin de savoir pourquoi ça ne va pas, combien de temps cela va durer et surtout quelles mesures concrètes sont prises pour que cela ne se reproduise pas. La communication institutionnelle ne peut donc pas se limiter à expliquer, démentir ou se défendre. Elle doit aussi écouter, reconnaître les difficultés vécues et présenter des solutions. Car dans cette chaleur, chaque heure sans électricité est une heure de trop pour des citoyens qui, eux aussi, ont droit à un service public fiable.



