Une démocratie ne vacille pas seulement sous les coups d’un dirigeant autoritaire ; elle s’affaiblit aussi lorsque les institutions offrent à un seul homme une marge de manœuvre trop importante. Au Sénégal, les pouvoirs conférés au président de la République dépassent souvent le simple exercice de l’autorité pour devenir un levier de domination institutionnelle. À chaque alternance, les mêmes interrogations ressurgissent, les mêmes polémiques éclatent et les mêmes soupçons empoisonnent le débat public. La controverse autour de la date des élections locales de 2027 en est la preuve la plus éloquente. Dans une République solidement bâtie, le calendrier électoral ne devrait jamais dépendre des calculs du pouvoir ou des rapports de force politiques. Le temps de la démocratie ne saurait être l’otage du temps du président.
L’heure est venue de sanctuariser les règles du jeu démocratique. Cela passe inévitablement par un renforcement du Conseil constitutionnel, qui doit devenir le véritable gardien des équilibres institutionnels. Parce qu’il est, par essence, une institution neutre et apolitique, il devrait disposer de compétences constitutionnelles intangibles lui permettant de fixer le calendrier des scrutins, d’en superviser l’organisation et d’en garantir la transparence. Ces prérogatives ne constitueraient pas une entrave à l’action présidentielle, mais un rempart contre toute tentation de manipulation institutionnelle. Dès son investiture, chaque élu connaîtrait la date exacte de l’expiration de son mandat, tandis que les élections seraient organisées automatiquement, sans débat, sans marchandage et sans incertitude.
Une démocratie mature ne repose jamais sur la seule vertu des hommes, mais sur la force de ses institutions. Les présidents passent, les institutions demeurent. C’est pourquoi certaines règles doivent être placées au-dessus des intérêts partisans et soustraites à toute influence politique. En érigeant le Conseil constitutionnel en arbitre suprême des échéances électorales et des grands équilibres républicains, le Sénégal ne retirerait rien à la fonction présidentielle ; il offrirait simplement à sa démocratie ce qui lui manque encore parfois : la certitude que les règles ne changeront jamais au gré de ceux qui exercent le pouvoir.
Cheikhouna Bamba Lô
Média 28



