Un procureur fédéral de New York a inculpé, mercredi, le gouverneur de l’État mexicain de Sinaloa pour des faits présumés de trafic de drogue. Une procédure rare visant un haut responsable en exercice, soupçonné de liens avec le crime organisé.
Rubén Rocha Moya, membre du parti au pouvoir Morena, dirige le Sinaloa depuis 2021. Sous son mandat, l’État a été le théâtre de violents affrontements entre factions du cartel de Sinaloa.
Selon l’acte d’accusation, lui et neuf autres responsables mexicains, actuels ou anciens, auraient participé à une association avec ce cartel afin de faciliter la distribution de quantités importantes de stupéfiants vers les États-Unis. Parmi les personnes visées figurent notamment des élus, un vice-procureur local ainsi que des membres de l’administration régionale.
Le gouverneur a rejeté ces accusations, les qualifiant sur les réseaux sociaux de « sans fondement ni véracité ». Il estime par ailleurs que cette procédure vise aussi le mouvement politique de la « Quatrième Transformation », auquel appartient la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum.
Du côté mexicain, le ministère des Affaires étrangères a exprimé son mécontentement, annonçant son intention de protester officiellement auprès de Washington, dénonçant la manière dont les informations ont été rendues publiques et le manque de preuves dans les demandes d’extradition évoquées.
Le parquet général mexicain a, de son côté, ouvert une enquête afin d’évaluer la solidité des accusations américaines.
Les autorités de New York affirment que la faction des « Chapitos », liée à Joaquín Guzmán dit « El Chapo », aurait soutenu l’élection de Rubén Rocha Moya, en échange de protections pour leurs activités de trafic de drogue. Ces responsables auraient, selon l’accusation, abusé de leurs fonctions pour favoriser les opérations du cartel.
Le conflit interne au sein du cartel de Sinaloa, notamment entre les héritiers d’« El Chapo » et ceux d’Ismael Zambada alias « El Mayo », arrêté en 2024, a plongé la région dans une spirale de violence ayant causé des centaines de morts et de disparus.
Le cartel de Sinaloa figure parmi les organisations criminelles classées « terroristes » par les États-Unis. Washington accentue par ailleurs la pression sur le Mexique pour lutter contre le trafic de drogue, notamment celui du fentanyl, allant jusqu’à évoquer des sanctions économiques et une coopération sécuritaire renforcée.
Face à cette pression, le gouvernement mexicain affirme avoir intensifié les saisies et les opérations contre les cartels. Toutefois, la presse locale évoque des tensions diplomatiques croissantes, alimentées par des soupçons de liens entre certains responsables politiques et le crime organisé.


