Au lendemain des réquisitions du procureur contre Marine Le Pen, accusée d’avoir orchestré un détournement de fonds au Parlement européen pour financer son parti, l’extrême droite française a monté au créneau. La dirigeante du Rassemblement national, qui a été jugée depuis fin septembre aux côtés de son parti et 24 autres prévenus, risque, si le tribunal suit le réquisitoire, d’être déclarée inéligible et de se voir interdire toute participation aux élections à venir.
Lors de l’audience de mercredi, l’accusation a requis une peine de cinq ans de prison, dont deux ans fermes aménageables, une amende de 300 000 euros et cinq ans d’inéligibilité contre Marine Le Pen. Le procureur l’a jugée au centre d’un « système organisé » visant à exploiter le Parlement européen comme une « vache à lait » pour financer le RN. Le préjudice financier estimé par le Parlement européen s’élève à 4,5 millions d’euros, dont une partie a été remboursée, ce qui porte la réclamation à 3,4 millions d’euros.
Dans une interview sur Franceinfo, Bruno Gollnisch, ex-numéro 2 du Front national, devenu Rassemblement national, a exprimé son indignation face aux accusations. À 74 ans, il a qualifié la procédure de scandaleuse : « Si en Russie, en Amérique latine ou en Afrique, on apprenait que le principal leader de l’opposition faisait l’objet d’une telle procédure, ce serait une protestation universelle », a-t-il lancé. Gollnisch, comme d’autres anciens eurodéputés frontistes, est accusé d’avoir employé et rémunéré des assistants parlementaires qui, bien que sous contrat, travaillaient en réalité pour le parti entre 2004 et 2016. Il a fermement défendu la légalité de ces pratiques, les qualifiant de « conformes à ce qui se pratiquait dans toutes les formations politiques du Parlement européen ».
Si le tribunal suit les réquisitions, la peine d’inéligibilité serait appliquée immédiatement, y compris en cas d’appel, et Marine Le Pen pourrait être exclue de la scène politique avant les élections présidentielles de 2027.
Le procès, qui se poursuit jusqu’au 27 novembre, verra la défense prendre la parole lundi, mais la décision finale pourrait prendre plusieurs mois. Dans l’intervalle, Marine Le Pen et ses partisans dénoncent ce qu’ils considèrent comme une « atteinte à la démocratie ». La présidente du RN a affirmé que cette procédure visait à priver les Français de leur droit de choisir leur candidat lors des prochaines élections. « C’est une volonté de priver les Français de la capacité de voter pour qui ils souhaitent », a-t-elle déclaré après les réquisitions, avant d’ajouter : « C’est une atteinte à la démocratie ».
Le vice-président du RN, Sébastien Chenu, a également accusé le parquet d’être « au service d’une mission politique », déplorant que la figure politique la plus populaire du pays, Marine Le Pen, puisse se voir empêcher de se présenter à la présidentielle. Sur RMC-BFMTV, il a demandé : « Dans quel pays vivrions-nous si on empêchait la principale femme politique, la plus populaire dans les sondages, de pouvoir se présenter ? »
Au sein de l’opposition, des voix se sont élevées pour soutenir le respect de la justice. L’ex-ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a estimé que le combat contre Marine Le Pen devait se mener « dans les urnes, pas ailleurs ». En revanche, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, a souligné que la démocratie passait aussi par le respect des décisions judiciaires. Il a rappelé que Marine Le Pen, lors du procès d’Alain Juppé en 2004, avait dénoncé les « élus qui détournent de l’argent ». « Qu’on arrête avec le déni de démocratie », a-t-il ajouté, en rappelant que le RN avait « un candidat de rechange » : Jordan Bardella, qui « n’attend que ça ».
À deux ans et demi de l’élection présidentielle prévue en 2027, le RN semble se préparer à toutes les éventualités, tout en maintenant une ligne de défense ferme face à la procédure judiciaire en cours.



