Le financement des États prend une place croissante dans le système bancaire de l’UEMOA. En 2025, le marché régional a absorbé environ 5 000 milliards de francs CFA de dette publique nette supplémentaire, soit près du double des 2 600 milliards initialement anticipés, selon le FMI.
Dans le même temps, les créances des banques sur les administrations centrales ont progressé de 13,3 %, contre 5,6 % pour celles accordées au secteur privé. Pour le FMI, cette évolution accentue les risques liés à l’exposition des banques aux États et au financement du secteur privé. (Bibliothèque numérique du FMI)
Un marché régional devenu incontournable
Cette situation s’inscrit dans le développement du marché régional des titres publics. Les huit États de l’UEMOA peuvent y lever des ressources en émettant des bons et des obligations du Trésor en francs CFA.
Ce marché constitue désormais une source régulière de financement pour les budgets nationaux. Il permet aux États de mobiliser des ressources auprès d’investisseurs de la région, notamment à travers les adjudications organisées par UMOA-Titres. (umoatitres.org)
En 2025, les besoins de financement ont été particulièrement importants. Le FMI indique que les émissions nettes ont atteint environ 5 000 milliards de francs CFA, alors que les projections initiales tablaient sur 2 600 milliards. Cette forte mobilisation a notamment été rendue possible par la participation accrue d’investisseurs non bancaires et non résidents. (Bibliothèque numérique du FMI)
Les banques fortement exposées aux États
Les établissements bancaires restent toutefois au cœur de ce mécanisme. En 2025, leur exposition moyenne au risque souverain atteignait 37,6 %, contre 36,8 % en 2024, selon le FMI.
Cette concentration constitue un enjeu pour la stabilité financière de l’Union. Elle peut également réduire la marge de manœuvre des banques lorsqu’elles doivent arbitrer entre l’achat de titres publics et le financement des entreprises privées. Le FMI évoque à ce sujet un risque d’éviction du crédit privé ainsi que des risques de contagion entre les États membres. (Bibliothèque numérique du FMI)
Pour autant, les données ne montrent pas un recul du financement de l’économie. À fin juin 2026, les créances des institutions de dépôt sur les administrations publiques centrales avaient augmenté de 1 094,3 milliards de francs CFA sur un an, soit 4,1 %. Dans le même temps, les créances sur l’économie avaient progressé de 1 928,6 milliards, soit 5,4 %, selon la BCEAO. (BCEAO)
Un financement en monnaie locale
Pour les États, le marché régional présente également un intérêt stratégique. Les émissions en francs CFA permettent de mobiliser des ressources dans la monnaie utilisée au sein de l’Union, sans exposer directement les Trésors au même risque de change qu’un emprunt libellé en dollars ou en euros.
Le développement de ce marché contribue aussi à approfondir le système financier régional. UMOA-Titres présente ainsi le Marché des titres publics comme un marché régional dédié au financement des États membres de l’UEMOA, où interviennent banques, sociétés de gestion et d’intermédiation ainsi que d’autres investisseurs. (umoatitres.org)
Le risque de contagion demeure
Cette intégration financière comporte cependant un revers. Lorsque les banques détiennent une part importante de la dette publique, une dégradation de la situation financière d’un État peut affecter directement leurs bilans.
Le risque ne s’arrête pas aux frontières nationales. Les établissements de l’Union peuvent également détenir des titres émis par d’autres États membres. Une difficulté rencontrée par un pays peut donc se transmettre au système financier régional.
C’est précisément l’un des risques soulignés par le FMI dans son rapport consacré aux politiques communes de l’UEMOA en 2026. L’institution appelle notamment à surveiller les expositions souveraines et transfrontalières des banques. (Bibliothèque numérique du FMI)
Un équilibre à préserver
Les chiffres montrent ainsi que les États disposent d’un marché régional capable d’absorber des volumes importants de dette. Mais ils soulignent également la nécessité de préserver un équilibre entre le financement des besoins publics et celui de l’économie.
À fin juin 2026, le crédit à l’économie continuait de progresser plus rapidement que les créances sur les administrations centrales. La question est donc moins celle d’un remplacement du financement privé par la dette publique que celle du niveau d’exposition déjà atteint par les banques et de son évolution future.
Pour l’UEMOA, l’enjeu consiste désormais à poursuivre le développement du marché régional tout en diversifiant davantage sa base d’investisseurs. L’objectif est de permettre aux États de financer leurs besoins sans réduire la capacité du système bancaire à accompagner les entreprises, les ménages et l’investissement productif.



