Rentrer au Sénégal ne garantit pas toujours de pouvoir y reconstruire sa vie. Entre difficultés économiques, besoins psychosociaux et accès à l’emploi, les migrants de retour font face à plusieurs obstacles. Pour éviter que ces difficultés ne les poussent à repartir, l’État veut pérenniser le Mécanisme national d’orientation (MNO). Un objectif qui soulève une question essentielle : comment assurer la continuité de l’accompagnement lorsque les financements extérieurs diminuent ?
Plus de 4 740 retours volontaires accompagnés
Entre août 2022 et avril 2026, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en collaboration avec les autorités nationales, a facilité le retour volontaire de plus de 4 740 Sénégalais. Parmi eux, 4 050 ont bénéficié d’au moins une forme d’appui direct à la réintégration.
Ces aides concernent plusieurs secteurs d’activité, notamment le commerce, le transport, l’élevage, l’agriculture, les services de transfert d’argent et la couture.
Cependant, les besoins des personnes de retour ne se limitent pas à l’insertion économique. « Quand un Sénégalais est de retour, il peut faire face à plusieurs types de difficultés, économiques, sociales, de santé mentale et psychosociales. Donc, l’intervention doit être multiple », souligne El Hadj Abdoul Karim Cissé, directeur des Sénégalais de l’extérieur.
Le MNO pour mieux coordonner l’accompagnement
Mis en place pour renforcer la coordination entre les différents intervenants, le Mécanisme national d’orientation vise à organiser l’accompagnement des migrants, depuis leur pays d’accueil jusqu’à leur réintégration au Sénégal.
L’objectif est d’éviter les démarches dispersées et les ruptures de suivi. Le dispositif doit permettre d’orienter chaque personne vers les structures adaptées à sa situation et à ses besoins.
Pour les autorités, la qualité de cet accompagnement constitue un enjeu majeur. Une réintégration fragile peut en effet favoriser un nouveau départ à l’étranger.
« Parce que si la réintégration n’est pas durable, nous sommes appelés à assister à ce qu’on appelle de la ré-immigration », avertit El Hadj Abdoul Karim Cissé.
La pérennité financière au cœur des discussions
C’est dans cette perspective que l’OIM a organisé, les 21 et 22 octobre 2026 à Dakar, un atelier réunissant une cinquantaine d’acteurs étatiques et non étatiques.
Les travaux portent sur la concertation et la finalisation du plan de durabilité du MNO. Celui-ci repose sur quatre dimensions : institutionnelle, financière, opérationnelle et partenariale.
Au-delà de la structuration du mécanisme, l’enjeu consiste à garantir son fonctionnement dans la durée. El Hadj Abdoul Karim Cissé indique que sa direction consacre déjà une partie de son budget à l’accompagnement des migrants de retour.
Il souhaite également que les autres structures concernées intègrent cette démarche dans leurs stratégies d’intervention et leurs prévisions budgétaires.
Toutefois, l’engagement d’une seule direction ne suffit pas. La pérennité du dispositif nécessite une mobilisation collective, des ressources disponibles et une répartition claire des responsabilités entre les institutions concernées.
L’État appelé à prendre le relais des partenaires
Pour Aïssata Kane, cheffe de mission de l’OIM au Sénégal, les partenaires techniques peuvent soutenir le dispositif, mais ne sauraient remplacer l’État dans sa responsabilité.
« En tant que partenaire technique et d’expertise, nous pouvons venir. Mais ce qui fait la différence dans ce mécanisme, c’est qu’il soit porté par le gouvernement, porté par une volonté étatique d’avoir une réponse étatique à une problématique qui est nationale », insiste-t-elle.
Cette appropriation nationale apparaît essentielle pour maintenir les services lorsque les financements extérieurs viennent à manquer. Elle suppose également que les structures publiques concernées disposent des moyens nécessaires pour poursuivre leurs missions.
Au-delà de l’emploi, reconstruire un cadre de vie
La durabilité du MNO dépend aussi de sa capacité à répondre aux besoins des migrants sur l’ensemble du territoire. L’accompagnement peut inclure un soutien économique, un suivi psychosocial, un accès aux soins, une reconversion professionnelle ou encore un financement de projet.
Il doit également favoriser la réinsertion des personnes dans leur communauté. « Le retour doit être accompagné et ces personnes doivent avoir le tissu social qui est là, derrière, mais aussi le tissu économique », rappelle Aïssata Kane.
Cette approche exige une coordination entre les ministères, les services déconcentrés, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile, les associations de migrants et les personnes concernées.
Les relais régionaux doivent ainsi s’inscrire dans un dispositif cohérent, avec des responsabilités définies et des procédures d’orientation partagées. Les migrants eux-mêmes doivent pouvoir exprimer leurs besoins et accéder aux services appropriés.
Transformer le plan en engagements concrets
La finalisation du plan de durabilité constitue une étape importante dans la consolidation du Mécanisme national d’orientation. Mais son efficacité dépendra de la traduction des orientations retenues en engagements institutionnels, financiers et opérationnels.
L’existence de procédures et la mobilisation des partenaires ne suffiront pas. Le dispositif devra démontrer sa capacité à assurer un accompagnement continu, accessible et adapté aux réalités des personnes de retour.
Pour ces dernières, l’enjeu est de pouvoir reconstruire leur vie au Sénégal sans dépendre d’un soutien temporaire. La véritable durabilité du MNO se mesurera donc à sa capacité à maintenir cet accompagnement, même lorsque les financements extérieurs se raréfient.



