Le Sénégal doit revoir ses prévisions budgétaires pour 2026. Confronté à la baisse des recettes, à la hausse des dépenses énergétiques et aux difficultés de mobilisation des financements extérieurs, l’État fait face à une pression croissante sur ses finances publiques. Le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 prévoit désormais un déficit de 1 735,2 milliards de francs CFA, soit 7,6 % du produit intérieur brut (PIB), contre 5,4 % initialement annoncés.
Cette révision traduit l’ampleur des contraintes économiques auxquelles le pays est confronté. Les ressources budgétaires globales passent ainsi de 6 188,8 milliards à 5 848,7 milliards de francs CFA. Dans ce contexte, le gouvernement doit concilier la poursuite des investissements publics, la protection du pouvoir d’achat et le redressement des finances publiques.
Énergie : les subventions atteignent 790,3 milliards de francs CFA
La hausse des prix du pétrole sur les marchés internationaux pèse lourdement sur le budget de l’État. L’enveloppe consacrée aux subventions énergétiques atteint 790,3 milliards de francs CFA en 2026, contre 250 milliards initialement prévus. Cette augmentation représente un surcoût de 540,3 milliards.
Cet effort vise à limiter les répercussions de la hausse des prix sur les ménages et les entreprises. Toutefois, son coût relance le débat sur la soutenabilité du système actuel de subventions.
Pour répondre à cette difficulté, le gouvernement prévoit une réforme progressive du dispositif. Une enveloppe de 70 milliards de francs CFA est réservée aux transferts sociaux ciblés en 2026. Elle devrait atteindre 140 milliards par an à partir de 2027.
Le programme prévoit notamment un tarif social de l’électricité et le maintien d’un soutien au gaz butane domestique pour les bouteilles de 2,7 kg, 6 kg et 9 kg. L’objectif est de mieux orienter les aides vers les ménages les plus vulnérables.
Infrastructures : les investissements restent une priorité
Malgré la réduction des ressources disponibles, l’État entend poursuivre plusieurs projets structurants. Le PLFR prévoit 1 590,2 milliards de francs CFA en crédits de paiement pour les investissements publics.
Les secteurs des transports, de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, de l’hydraulique et de l’assainissement figurent parmi les bénéficiaires. Plusieurs projets sont concernés, notamment l’autoroute Dakar-Tivaouane-Saint-Louis et la reconstruction des infrastructures sanitaires.
Une enveloppe de 202,6 milliards de francs CFA est également préservée pour les investissements dans l’éducation et la santé. De son côté, le secteur primaire bénéficie de 212,4 milliards destinés à soutenir l’agriculture, l’élevage, la pêche et l’agro-industrie.
Les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026 disposent aussi de dotations spécifiques. Le paquet financier consacré aux infrastructures des Jeux, à la défense et à la sécurité s’élève à 83,4 milliards de francs CFA. Sur ce montant, 23 milliards sont destinés à la réhabilitation du stade Iba Mar Diop et des sites de compétition. Une autre enveloppe de 14 milliards concerne l’accessibilité et la mobilité urbaine.
Arriérés de paiement : un nouveau fonds de 300 milliards
La gestion des arriérés de l’État constitue un autre volet important du collectif budgétaire. Sur les 500 milliards de francs CFA prévus en 2025 pour leur apurement, 488,3 milliards ont été décaissés, soit un taux d’exécution de 97,5 %.
Ces paiements ont notamment concerné le secteur énergétique, les entreprises du bâtiment et des travaux publics (BTP), ainsi que certaines créances liées aux bailleurs extérieurs.
Pour 2026, le gouvernement reconduit un fonds de 300 milliards de francs CFA afin de poursuivre le règlement des arriérés.
Parallèlement, l’Exécutif prévoit une restructuration des agences publiques. Dix-neuf agences doivent être supprimées, tandis que sept entités seront regroupées pour former trois structures. Dix autres organismes feront l’objet d’un repositionnement institutionnel.
Cette réorganisation vise à réduire les dépenses de fonctionnement et à améliorer l’efficacité de l’administration publique. Ses résultats dépendront toutefois des économies effectivement réalisées et de la mise en œuvre des mesures annoncées.
Déficit public : un défi pour la crédibilité financière du Sénégal
Avec un déficit estimé à 1 735,2 milliards de francs CFA, soit 7,6 % du PIB, le PLFR 2026 met en évidence les difficultés de financement auxquelles l’État doit faire face.
Pour redresser la situation, plusieurs leviers sont envisagés : renforcer la mobilisation des recettes fiscales et douanières, maîtriser les dépenses de fonctionnement et améliorer le suivi des investissements publics.
La transparence dans l’exécution budgétaire apparaît également comme un enjeu majeur. La publication régulière des données financières, le contrôle parlementaire et le suivi des projets doivent permettre de mieux évaluer l’utilisation des ressources publiques.
Le défi reste donc de maintenir les investissements prioritaires tout en protégeant les populations les plus vulnérables. Le gouvernement devra également démontrer que les économies annoncées et les réformes engagées produisent des résultats concrets.



