Le Sénégal a mobilisé 1 149,7 milliards de FCFA de recettes budgétaires au cours du premier trimestre 2026, soit 19,4 % des prévisions inscrites dans la Loi de finances initiale. C’est ce qui ressort du Rapport trimestriel d’exécution du budget (RTEB) arrêté au 31 mars 2026 et publié par le ministère des Finances et du Budget.
Cette performance traduit une progression des recettes publiques et une certaine maîtrise des finances de l’État, même si plusieurs défis demeurent, notamment en matière de mobilisation des recettes issues du Plan de redressement économique et social (PRES).

Une dynamique portée par les recettes fiscales
À fin mars, les recettes budgétaires ont progressé de 11,9 % par rapport à la même période de 2025, soit une hausse de 121,8 milliards de FCFA. Cette évolution est principalement soutenue par les recettes fiscales, qui atteignent 1 095,7 milliards de FCFA, en augmentation de 14,1 % sur un an.
L’impôt sur les sociétés a particulièrement contribué à cette performance avec 154,5 milliards de FCFA recouvrés, dépassant de 11,3 % l’objectif trimestriel fixé. Les recettes générées par le secteur pétrolier, estimées à 14 milliards de FCFA grâce à des paiements anticipés de certains opérateurs, ont renforcé cette dynamique.
La TVA intérieure hors pétrole affiche également une forte progression, atteignant 149,6 milliards de FCFA, soit une hausse de 28,3 % par rapport au premier trimestre 2025. Les taxes sur la consommation hors pétrole ainsi que les droits d’enregistrement et d’hypothèque enregistrent également des croissances significatives.
Les mesures du PRES en deçà des attentes
Malgré ces résultats positifs, les nouvelles mesures fiscales mises en œuvre dans le cadre du PRES peinent encore à produire les rendements attendus. Au premier trimestre, elles n’ont généré que 54,2 milliards de FCFA sur un objectif de 94,8 milliards, correspondant à un taux de réalisation de 57,2 %.
Les contre-performances concernent notamment certaines taxes sur les jeux de hasard, les transferts d’argent et plusieurs mesures douanières appliquées aux véhicules, aux téléphones et à certaines exportations.
Par ailleurs, les recettes non fiscales ont reculé de 23,6 % sur un an, principalement en raison de la baisse des dividendes versés par les entreprises publiques, passés de 9,3 milliards à seulement 200 millions de FCFA.
Des dépenses concentrées sur les transferts et les salaires
Au 31 mars 2026, les dépenses de l’État s’élèvent à 1 482,7 milliards de FCFA, soit 20,6 % des crédits ouverts pour l’année. Les dépenses ordinaires représentent la majeure partie des décaissements avec 1 185,5 milliards de FCFA.
Les transferts courants constituent le principal poste de dépenses avec 445,7 milliards de FCFA, devant la masse salariale (375,1 milliards) et les intérêts de la dette (285 milliards).
Les investissements publics atteignent pour leur part 297,2 milliards de FCFA, financés à hauteur de 160,8 milliards sur ressources internes et de 136,4 milliards sur ressources extérieures.
Le poids croissant des subventions énergétiques
Le secteur de l’énergie demeure le principal bénéficiaire des transferts publics. Durant les trois premiers mois de l’année, 165,5 milliards de FCFA ont été consacrés aux subventions énergétiques. Ce montant représente plus de 72 % des crédits alloués aux affaires économiques et plus de la moitié des transferts courants exécutés sur la période.
D’autres structures publiques ont également bénéficié d’appuis financiers importants, notamment Air Sénégal (13,5 milliards de FCFA), la société de gestion du patrimoine du TER (10 milliards), ainsi que l’ARTP et le Fonds national pour l’entrepreneuriat rapide, chacun doté de 4,2 milliards de FCFA.
Les investissements financés sur ressources internes ont principalement ciblé l’agriculture, avec 88,1 milliards de FCFA consacrés à la campagne agricole et à l’amélioration de la productivité. Les infrastructures routières ont reçu 14,5 milliards, tandis que l’acquisition de deux avions pour Air Sénégal a mobilisé 13,5 milliards de FCFA.
Un déficit budgétaire sous contrôle
À l’issue du premier trimestre, le déficit budgétaire est ressorti à 333 milliards de FCFA, soit 1,4 % du PIB. Ce niveau reste largement inférieur à l’objectif annuel fixé à 5,37 % du PIB.
Le ministère des Finances estime ainsi que l’exécution budgétaire demeure globalement maîtrisée grâce à la progression des recettes et à une évolution contenue des dépenses. Toutefois, les autorités restent attentives aux risques liés aux tensions géopolitiques internationales, notamment au Moyen-Orient, qui pourraient entraîner une hausse durable des prix du pétrole et accroître le coût des subventions énergétiques.
Pour préserver les équilibres budgétaires au cours des prochains trimestres, le gouvernement devra accélérer la mise en œuvre des réformes prévues dans le cadre du PRES, renforcer la mobilisation des recettes non fiscales et poursuivre ses efforts de maîtrise des dépenses.



