Dix ans après le discours prononcé à Dakar par le roi Mohammed VI à l’occasion de la Marche Verte, la question du Sahara occidental connaît une nouvelle étape diplomatique. Adoptée le 31 octobre 2025, la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies relance les discussions autour de l’initiative marocaine d’autonomie. Cette évolution ravive les espoirs d’un règlement politique et remet en lumière les enjeux de stabilité et d’intégration au Maghreb et en Afrique.
Un différend aux racines historiques et juridiques
La question du Sahara occidental s’inscrit dans une histoire marquée par des revendications territoriales et des processus diplomatiques successifs. Les liens historiques entre le Maroc et certaines tribus du territoire occupent une place importante dans l’argumentaire marocain.
Dans son avis consultatif du 16 octobre 1975, la Cour internationale de Justice a reconnu l’existence de liens d’allégeance entre le sultan du Maroc et certaines tribus du Sahara occidental. Elle a toutefois précisé que les éléments examinés n’établissaient pas de lien de souveraineté territoriale entre le territoire et le Royaume. Elle a également rappelé la pertinence du principe d’autodétermination dans le processus de décolonisation.
La Marche Verte, lancée en novembre 1975 sous le règne de Hassan II, a constitué un moment majeur de l’histoire politique marocaine. Elle a été suivie par l’accord de Madrid, signé le 14 novembre de la même année, dans un contexte de retrait de l’Espagne du territoire.
Du référendum à la recherche d’une solution politique
Les Nations unies ont poursuivi leurs efforts pour parvenir à un règlement. En 1991, le Conseil de sécurité a créé la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), dans le cadre d’un plan de règlement prévoyant notamment un scrutin.
Cependant, les désaccords sur l’identification des électeurs et les critères d’inscription ont empêché l’organisation du référendum. Les initiatives diplomatiques ultérieures n’ont pas permis de sortir durablement de l’impasse.
En avril 2007, le Maroc a présenté une initiative d’autonomie pour le Sahara occidental. La résolution 1754 du Conseil de sécurité a pris note de cette proposition et appelé les parties à négocier de bonne foi en vue d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable.
Au fil des années, le Conseil de sécurité a continué de soutenir le processus politique conduit sous l’égide des Nations unies. La proposition marocaine a ainsi occupé une place croissante dans les discussions, sans que le différend soit définitivement réglé.
La résolution 2797, une nouvelle orientation pour les négociations
Adoptée le 31 octobre 2025, la résolution 2797 marque une étape importante dans le processus diplomatique. Elle soutient les efforts du Secrétaire général des Nations unies et de son envoyé personnel pour faciliter des négociations prenant pour base la proposition marocaine d’autonomie.
Le texte appelle les parties à participer aux discussions sans conditions préalables. Il indique également qu’une autonomie véritable sous souveraineté marocaine pourrait constituer une solution particulièrement réalisable.
La résolution maintient toutefois l’objectif d’un règlement politique définitif et mutuellement acceptable, conforme à la Charte des Nations unies et permettant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Elle prévoit aussi que les parties puissent présenter des suggestions constructives.
Cette évolution renforce la place de l’initiative marocaine dans le cadre des négociations. Elle ne signifie cependant pas que le différend est résolu. La mise en œuvre de cette orientation dépendra de la poursuite des discussions et de la capacité des parties à parvenir à un compromis.
Rabat réaffirme son appel au dialogue
Le Maroc présente l’initiative d’autonomie comme une voie permettant de concilier ses revendications de souveraineté avec une solution politique négociée. Le roi Mohammed VI a également multiplié les appels au dialogue avec l’Algérie, pays dont les relations avec Rabat restent marquées par des tensions persistantes.
Dans son discours du 29 juillet 2025, à l’occasion de la Fête du Trône, le souverain a renouvelé son appel à un dialogue fraternel et sincère avec Alger. L’objectif affiché est de favoriser des relations fondées sur la confiance, le bon voisinage et la coopération.
Cette démarche s’inscrit dans une volonté de dissocier la défense des positions nationales de la possibilité d’un rapprochement régional. Pour Rabat, une solution durable doit permettre de dépasser les antagonismes et d’ouvrir de nouvelles perspectives aux populations de la région.
L’Union africaine et les enjeux de l’intégration régionale
La question du Sahara occidental dépasse le seul cadre des relations entre le Maroc et les autres parties au différend. Elle a également des répercussions sur la coopération au Maghreb et sur les dynamiques d’intégration africaine.
En 2018, l’Union africaine a adopté la décision 693, qui prévoit un mécanisme destiné à accompagner les efforts des Nations unies. Cette démarche vise à articuler l’implication de l’organisation continentale avec le processus politique conduit sous l’égide de l’ONU.
La persistance du différend contribue, par ailleurs, aux difficultés de coopération entre les pays du Maghreb. L’Union du Maghreb arabe, conçue comme un espace de rapprochement économique et politique, reste confrontée à des obstacles qui limitent son développement.
Un règlement politique pourrait favoriser un climat plus propice au dialogue, aux échanges commerciaux et à la réalisation de projets communs. Il ne suffirait pas à résoudre toutes les tensions régionales, mais pourrait contribuer à renforcer la confiance entre les pays concernés.
Un enjeu pour l’avenir du Maghreb et de l’Afrique
Dans un contexte international marqué par des recompositions économiques et stratégiques, l’intégration régionale constitue un enjeu majeur pour les pays africains. Le Maghreb dispose d’atouts importants grâce à sa position géographique, ses ressources et ses liens avec l’Europe, le Sahel et le monde arabe.
La résolution 2797 ouvre une nouvelle séquence diplomatique, mais ses effets dépendront des négociations à venir. La priorité reste la recherche d’une solution politique durable, acceptable pour les parties et conforme au cadre des Nations unies.
Au-delà des positions nationales, l’issue de ce différend pourrait peser sur les perspectives de coopération entre les pays du Maghreb. Elle pourrait également contribuer à relancer les ambitions d’intégration régionale et à renforcer les partenariats africains.
La résolution constitue ainsi une étape importante, sans représenter l’aboutissement du processus. La capacité des parties à engager des discussions substantielles et à rechercher un compromis déterminera la portée réelle de cette évolution diplomatique.



