Dans son dernier ouvrage, Ils savent que je sais tout, publié aux éditions Max Milo, Robert Bourgi, lobbyiste et figure emblématique de la Françafrique, revient sur le financement du Rassemblement pour la République (RPR) par des chefs d’État africains, notamment sous l’égide de Jacques Chirac.
À travers une série d’entretiens, Bourgi explore les relations étroites entre la France et ses anciennes colonies, tout en évoquant l’influence de son mentor, Jacques Foccart. Il explique comment des sommes d’argent, transportées dans des mallettes, des djembés ou des sacs de marque Puma, ont été utilisées pour soutenir le parti gaulliste. « Je ne touchais jamais à l’argent moi-même, je le voyais avant tout comme un soutien à ma famille politique », déclare-t-il.
Bourgi évoque le financement du RPR par la communauté libanaise d’Abidjan, où il était basé au début des années 1980. Il révèle que des chefs d’État tels que Denis Sassou Nguesso (Congo), Omar Bongo (Gabon), Blaise Compaoré (Burkina Faso) et Mobutu Sese Seko (Zaïre) ont contribué à hauteur d’au moins 10 millions de dollars en prévision de l’élection présidentielle de 1995.
Il se souvient également d’une rencontre avec Roland Dumas dans le bureau d’Omar Bongo, où ce dernier était venu chercher une valise d’argent pour François Mitterrand, le président socialiste de l’époque. « Omar Bongo alimentait également le PS, misant sur tous les chevaux pour être certain d’avoir le gagnant », souligne Bourgi.
Pour la présidentielle de 2002, Bourgi affirme que près de 10 millions de dollars ont de nouveau été versés en faveur de Jacques Chirac, avec des contributions de présidents africains, dont Abdoulaye Wade (Sénégal). Il rapporte même que Blaise Compaoré aurait déposé 3 millions de dollars à l’Élysée, cachés dans quatre djembés, tandis que Laurent Gbagbo aurait utilisé des sacs de la marque Puma pour une somme équivalente.
Bourgi n’hésite pas à décrire Jacques Chirac comme un homme irrésistiblement attiré par l’argent, affirmant qu’il n’y avait « jamais eu d’argent africain » pour Nicolas Sarkozy, malgré une proximité croissante entre eux à partir de 2005.
Selon lui, ces financements par les chefs d’État africains étaient motivés par « un clientélisme politique au sens propre », rappelant que la France exerçait encore une forte influence sur le continent.
Rémunéré par ces dirigeants, Bourgi explique avoir agi comme intermédiaire, sa mission consistant à transmettre des messages plus ou moins codés, contournant ainsi la diplomatie officielle. Il a même pris le statut d’avocat pour se donner un cadre légal à ses activités.
Cette publication n’est pas sans rappeler les accusations qu’il avait formulées en 2011 lors d’une enquête judiciaire sur « les biens mal acquis », suscitant la colère de Jacques Chirac, qui avait porté plainte pour diffamation avant de se désister en 2013. Ce livre s’inscrit donc dans une lignée de révélations qui continuent de nourrir le débat sur les relations entre la France et l’Afrique.



