Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, veut placer la réinsertion sociale au cœur de la politique pénitentiaire sénégalaise. À l’ouverture, jeudi, de la Conférence régionale sur « La réinsertion sociale et l’accompagnement avant et après la sortie de prison », il a plaidé pour une approche fondée sur la dignité humaine, la formation et la prévention de la récidive.
« La porte de la prison peut s’ouvrir en une seconde, mais il faut parfois des années pour rebâtir une vie », a-t-il déclaré. Cette formule résume l’enjeu de la rencontre, qui réunit notamment des représentants de l’Allemagne, du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie autour des mécanismes d’accompagnement des personnes détenues.
Pour le garde des Sceaux, la réinsertion ne doit pas commencer à la sortie de prison. Elle doit être préparée dès l’incarcération et se poursuivre après la libération, afin de faciliter le retour à la vie familiale, sociale et professionnelle.
418 recrutements annoncés dans l’Administration pénitentiaire
Pour améliorer les conditions de détention et renforcer l’accompagnement des détenus, Me Moussa Sarr a annoncé l’autorisation de 418 recrutements au sein de l’Administration pénitentiaire pour l’année 2026.
Ces recrutements concernent deux inspecteurs, six contrôleurs, dix agents administratifs et quatre cents surveillants. Ils visent notamment à renforcer les effectifs et à améliorer les conditions de travail des personnels pénitentiaires.
Le ministre a rappelé que leur mission ne se limite pas à la surveillance et au maintien de l’ordre. Ils contribuent également à la préparation de la sortie et à l’accompagnement des personnes détenues.
Il a par ailleurs défendu une politique conciliant sécurité publique, respect des droits fondamentaux et préparation à la réintégration sociale. Cette orientation s’inscrit dans les principes des Règles Nelson Mandela des Nations unies, qui accordent une place importante à la préparation des détenus à leur retour dans la société.
Formation et éducation pour préparer une nouvelle vie
La formation professionnelle constitue un autre axe majeur de cette politique. Le ministre a cité plusieurs initiatives déjà engagées dans les établissements pénitentiaires, notamment des boulangeries de la réinsertion, une unité de production laitière, un centre de formation industrielle, un garage mécanique, des ateliers de couture et une galerie dédiée à la réinsertion.
Ces structures permettent aux détenus d’acquérir des compétences et de préparer leur insertion professionnelle après leur libération.
L’accès à l’éducation figure également parmi les priorités annoncées. Le ministère de la Justice prévoit d’engager des discussions avec le ministère de l’Enseignement supérieur afin de permettre aux détenus titulaires du baccalauréat de poursuivre leurs études à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane.
Un partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale est aussi envisagé pour mobiliser des enseignants au profit des candidats aux examens en milieu carcéral.
« La privation de liberté ne doit pas signifier la privation du savoir », a souligné Me Moussa Sarr.
Le développement d’activités agricoles figure également dans les perspectives présentées. Des terres situées dans le nord du pays doivent être mises à disposition de l’Administration pénitentiaire pour développer des activités rizicoles, avec des possibilités de formation et d’emploi pour les participants.
Les peines alternatives pour réduire la pression carcérale
Au-delà des actions menées en prison, le garde des Sceaux a insisté sur la nécessité de diversifier les réponses pénales lorsque la loi le permet.
Il a notamment évoqué la libération conditionnelle, le placement sous surveillance électronique et plusieurs dispositifs prévus par le Code de procédure pénale, dont le sursis, la probation et le travail au bénéfice de la société.
Selon le ministre, ces mécanismes peuvent favoriser l’individualisation des peines, soutenir l’amendement des personnes condamnées et contribuer à réduire la surpopulation carcérale.
Leur application doit toutefois tenir compte des droits des victimes, de la gravité des faits et des exigences de sécurité publique. L’objectif consiste à privilégier des réponses adaptées à chaque situation, sans renoncer aux principes de la justice.
Me Moussa Sarr a également rappelé les orientations présidentielles en faveur du développement des peines alternatives et d’un meilleur encadrement de la détention provisoire. « La liberté reste le principe et la détention l’exception », a-t-il rappelé en évoquant cette orientation.
Après la libération, le défi de l’emploi et de l’acceptation sociale
Pour le ministre, la préparation à la sortie ne suffit pas si les anciens détenus se retrouvent ensuite sans logement, sans emploi ou sans soutien familial. Ces difficultés peuvent compromettre leur réintégration et accroître le risque de récidive.
Il appelle ainsi les collectivités territoriales, les entreprises, les organisations de la société civile, les familles et les partenaires institutionnels à participer à l’accompagnement des personnes libérées.
« Nous ne pouvons pas demander à une personne de retrouver sa place dans la communauté tout en lui refusant les moyens d’y parvenir », a-t-il déclaré.
La conférence accorde également une attention particulière aux groupes vulnérables, notamment les femmes et les mineurs. La préparation individualisée de la libération, le suivi après la détention et la coopération avec les services de probation et les employeurs figurent parmi les sujets abordés.
Une coopération régionale pour moderniser le système pénitentiaire
La rencontre s’appuie aussi sur le partage d’expériences entre les pays participants. Me Moussa Sarr a salué l’accompagnement de la Fondation allemande pour la coopération juridique internationale (IRZ), qui soutient depuis 2021 l’Administration pénitentiaire sénégalaise dans des domaines tels que la préparation à la libération, le soutien psychologique des détenus et la formation des personnels.
Il a également félicité l’École nationale d’Administration pénitentiaire pour l’organisation de cette conférence, présentée comme un cadre de réflexion et de modernisation de l’institution.
À travers cette initiative, le Sénégal entend renforcer les mécanismes permettant de préparer les personnes détenues à retrouver leur place dans la société. Pour Me Moussa Sarr, l’efficacité d’une politique pénitentiaire ne se limite pas à l’exécution des peines : elle se mesure aussi à sa capacité à favoriser une réinsertion durable, dans le respect de la loi et de la sécurité collective.



