Le colonel Assimi Goïta, président de la transition au Mali, a été promu général lors d’une décision prise par le Conseil des ministres le 16 octobre 2024. Cette élévation de grade concerne également les autres colonels ayant participé au coup d’État militaire d’août 2020, qui occupent aujourd’hui des postes clés au sein des institutions de la transition. Cette auto-promotion est présentée comme une réponse à une demande populaire, mais elle suscite des réactions variées au sein de la société malienne.
Une promotion exceptionnelle
Dans un communiqué, le Conseil des ministres a précisé que cette promotion à titre exceptionnel concerne les cinq colonels ayant pris le pouvoir au Mali. Outre Assimi Goïta, Malick Diaw, président du Conseil national de transition (CNT), Sadio Camara, ministre de la Défense, Ismaël Wagué, ministre de la Réconciliation nationale, et Modibo Koné, chef de la Sécurité d’État, ont également été élevés au grade de général.
Cependant, le général Oumar Diarra, actuel chef d’état-major général des armées, n’a pas bénéficié de cette promotion, ce qui soulève des interrogations. Son adjoint, le général Kéba Sangaré, a, quant à lui, été promu, mais la promotion de Diarra aurait mis en question la hiérarchie actuelle, ce qui semble inenvisageable.
Un soutien populaire contesté
Les autorités de transition présentent ces promotions comme le reflet d’une volonté populaire, en accord avec les recommandations du « dialogue inter-Maliens » tenu au printemps dernier. Pour les partisans de la transition, ces militaires, considérés comme des « hommes forts » au service du pays, méritent cette reconnaissance.
Toutefois, des voix critiques s’élèvent, exprimant des doutes quant à la légitimité de ces promotions. De nombreux Maliens estiment que les promesses de la transition, notamment en matière de sécurité et de gestion des crises, n’ont pas été tenues. Dans un contexte de difficultés économiques croissantes, les augmentations de salaire associées à ces promotions sont perçues négativement.
Des traditions maliennes remises en question
Moussa Mara, ancien Premier ministre, a immédiatement exprimé son mécontentement à l’égard de ces nominations. Il a souligné que les traditions maliennes stipulent que ce sont les autres qui élèvent une personne et non elle-même, ce qui pourrait diminuer le mérite des promotions. Mara a rappelé qu’historiquement, les responsables de la transition sont en mission et que les distinctions doivent être accordées par le président élu à la fin de leur mandat.
Il a également insisté sur le fait que, dans le contexte actuel de difficultés vécues par les Maliens, il serait plus approprié pour les autorités de faire preuve de solidarité et de patience plutôt que de s’accorder des augmentations de salaire.
La promotion d’Assimi Goïta et de ses camarades soulève des débats sur la légitimité des décisions prises par les autorités de transition, alors que le Mali fait face à des défis économiques et sociaux considérables. Les réactions mitigées de la population et des anciens responsables politiques mettent en lumière les tensions entre les aspirations populaires et les réalités de la gouvernance actuelle.



