Ce lundi, le tribunal correctionnel de Paris ouvre un procès historique. L’auteur franco-camerounais Charles Onana, 60 ans, est jugé pour complicité de contestation du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Il est poursuivi pour des passages controversés de son ouvrage Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise. Quand les archives parlent, paru en octobre 2019, où il minimise et remet en question le caractère planifié du génocide des Tutsi, qualifiant cette thèse de « l’une des plus grandes escroqueries du XXe siècle ».
Ce procès fait suite à une plainte déposée en 2020 par les associations Survie, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et la Fédération internationale des droits humains (FIDH). L’auteur et l’ancien directeur de publication des Éditions du Toucan, Damien Serieyx, ont été mis en examen en 2022 pour « contestation publique de crime contre l’humanité », une infraction sévèrement punie par la loi française sur la liberté de la presse depuis 2017.
Les propos de Charles Onana sont au cœur de ce procès. Selon l’accusation, l’auteur avance la théorie controversée d’un « double génocide », impliquant à la fois les Hutu et les Tutsi. Cette rhétorique est jugée négationniste par des associations telles que la Licra, partie civile dans ce procès. « Nous sommes face à un négationniste assumé », a déclaré Me Sabrina Goldman, avocate de la Licra, soulignant que M. Onana met systématiquement entre guillemets le terme « génocide » et récuse l’idée d’un plan concerté pour exterminer les Tutsi.
En revanche, l’avocat de l’auteur, Me Emmanuel Pire, défend son client en affirmant que Charles Onana ne conteste pas le génocide des Tutsi, mais qu’il s’agit d’un travail de recherche approfondi sur les mécanismes du conflit. Selon lui, l’intention de l’auteur est de comprendre les événements avant, pendant et après le génocide.
Le procès s’annonce comme un moment charnière pour la justice française, en l’absence de jurisprudence spécifique sur la contestation du génocide des Tutsi. Selon Camille Lesaffre, de l’association Survie, ce procès permettra de clarifier les limites légales des propos que l’on peut tenir sur ce crime contre l’humanité. Les parties civiles ont fait appel à des historiens et juristes pour éclairer les débats, tandis que la défense a convoqué une vingtaine de témoins, dont d’anciens officiers militaires français et rwandais.
Ce second procès en France pour contestation du génocide des Tutsi, après celui de la journaliste Natacha Polony en 2022, pourrait marquer un tournant juridique sur le traitement des discours négationnistes liés au Rwanda.



