La protection sociale désigne l’ensemble des mécanismes mis en place pour protéger les citoyens contre les risques de la vie : maladie, accident, invalidité, perte de revenus ou vieillesse. Elle permet notamment d’accéder aux soins de santé et de disposer d’un revenu ou d’une aide lorsque l’on n’est plus en mesure de travailler. Pourtant, au Sénégal, une grande partie des travailleurs du secteur informel reste encore largement en marge de cette protection. Marchands ambulants, mécaniciens, tailleurs, coiffeuses, artisans, conducteurs de « clandos », vendeurs de rue ou encore petits commerçants travaillent chaque jour pour subvenir à leurs besoins, mais exercent souvent sans couverture sociale véritable.
Cette situation les expose à une grande précarité. Lorsqu’un travailleur informel tombe malade ou est victime d’un accident, il doit généralement supporter lui-même une grande partie, voire la totalité, de ses dépenses médicales. Une maladie sérieuse peut alors rapidement engloutir ses économies et fragiliser toute sa famille. Mais le problème ne s’arrête pas aux portes des hôpitaux : après des décennies de travail, beaucoup arrivent à l’âge de la retraite sans pension régulière ni épargne suffisante pour vivre dignement. Ceux qui ont passé leur jeunesse à travailler quotidiennement peuvent ainsi se retrouver, une fois âgés, sans revenu stable et contraints de continuer à exercer malgré la fatigue et les limites physiques.
Il est donc urgent de construire une véritable protection sociale adaptée aux réalités du secteur informel. Une première solution serait d’intégrer progressivement ces travailleurs aux mécanismes existants grâce à des cotisations volontaires mensuelles, à des montants accessibles, permettant de constituer des droits pour la prise en charge des problèmes de santé et la retraite, comme cela existe pour les salariés du secteur formel. À défaut, l’État pourrait créer un institut de protection sociale spécifiquement dédié aux travailleurs du secteur informel, avec des cotisations souples et adaptées à leurs revenus irréguliers. Car travailler, même sans contrat formel, devrait donner droit à une protection. Une société qui bénéficie du travail de millions de personnes ne peut accepter qu’elles soient abandonnées lorsqu’elles tombent malades ou lorsque vient le temps de la retraite.
Cheikhouna Bamba Lô
Média 28



