La Coalition nationale pour une pêche durable (CONAPED) a vivement réagi à la décision du ministère des Pêches et de l’Économie maritime d’autoriser, de manière exceptionnelle, cinq navires industriels à accéder à la pêche démersale côtière. Réunie dimanche à Rufisque, l’organisation a dénoncé une mesure qu’elle juge contraire aux efforts engagés depuis plusieurs années pour assurer une gestion durable des ressources halieutiques au Sénégal.
Cette décision intervient après la signature d’un arrêté levant partiellement le gel des licences de pêche démersale côtière en vigueur depuis 2006. Les autorités s’appuient notamment sur un rapport du Centre de Recherches Océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT), qui évalue à environ 2 921 tonnes le potentiel exploitable concernant neuf espèces ou groupes d’espèces démersales côtières.
Toutefois, la CONAPED estime que les conclusions du CRODT ont été exploitées de façon incomplète. Selon la coalition, les chercheurs avaient également insisté sur la nécessité d’un encadrement scientifique rigoureux, d’un contrôle strict des débarquements ainsi que de mesures d’accompagnement renforcées afin d’éviter une aggravation de la surexploitation de certaines ressources déjà fragilisées.
L’organisation souligne que plusieurs espèces démersales côtières restent dans une situation préoccupante, avec un déficit dépassant 871 tonnes pour certains stocks surexploités. Dans ce contexte, l’introduction de nouveaux chalutiers industriels représenterait, selon elle, une menace sérieuse pour les ressources halieutiques et les écosystèmes marins côtiers.
La CONAPED s’inquiète particulièrement du recours au chalutage de fond par les navires concernés. Cette technique de pêche ne permettrait pas, selon elle, de cibler exclusivement les espèces disposant encore d’un potentiel exploitable. Des captures accidentelles d’espèces déjà surexploitées comme le thiof, le poulpe, la courbine ou encore la crevette blanche seraient inévitables.
La coalition critique également l’absence de mécanismes de régulation suffisamment précis dans l’arrêté ministériel. Elle affirme qu’aucun quota détaillé par navire, aucun plafond global de captures ni aucun dispositif de fermeture automatique des pêcheries après atteinte des seuils recommandés par le CRODT n’ont été prévus.
L’argument de la sécurité alimentaire avancé pour justifier cette mesure est lui aussi contesté. Selon la CONAPED, les volumes autorisés restent trop faibles pour répondre durablement aux besoins du marché national et améliorer l’approvisionnement des populations en poisson.
Enfin, l’organisation exprime des préoccupations concernant la transparence du pavillon sénégalais dans le secteur de la pêche industrielle. Elle évoque notamment les soupçons récurrents entourant certains armements opérant sous pavillon national mais qui seraient, selon elle, contrôlés par des intérêts étrangers.
Face à cette situation, la CONAPED demande au gouvernement de retirer l’arrêté et de maintenir le gel des licences démersales côtières instauré depuis 2006. Elle appelle également à l’ouverture d’une concertation nationale sur la sécurité alimentaire ainsi qu’au renforcement des politiques de préservation et de restauration des ressources halieutiques.



